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Tuesday, May 14, 2013

BRAVO: un exemple inspirant de collaboration intelligente


Belle exposition sous un ciel Clément

À la Galerie Glendon jusqu’à la fin du mois de mai, le projet Clément Bérini: Honorer Inspirer Rassembler rallie 30 membres de BRAVO venant des quatre coins de la province autour d’oeuvres choisies de l’artiste-peintre et éducateur franco-ontarien. Un concept original qui permet au grand public de mieux apprécier la grande diversité des sensibilités artistiques.

Ce projet est une initiative de BRAVO-Sud, le bureau régional du Sud de BRAVO (acronyme pour Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario), qui cherchait un prétexte artistique pour créer plus de liens entre ses membres. Mission accomplie!

L’idée était que chacun des artistes impliqués produise une oeuvre inspirée d’une création spécifique de Clément Bérini. Le concept a séduit les trois autres bureaux régionaux ainsi que le ministère de l’Éducation de l’Ontario, qui en est devenu le principal bailleur de fond. (Il faut relever que ce projet comporte des ateliers techniques conçus à l’intention des enseignants et des élèves de la province.) 

La Galerie Glendon était la première halte d’une tournée de l’exposition dans dix galeries et écoles de la province jusqu’en septembre 2014. 

Concept engageant
Sans même connaître la nature du concept de l’exposition, les visiteurs reconnaissent qu’il y a un air de famille entre plusieurs oeuvres. 


Faites une première tournée de la galerie, puis consultez les pages 7 et 8 du catalogue de l’exposition mis à notre disposition pour découvrir les toiles de Bérini ayant servi de point de départ. Vous aurez ensuite grand plaisir à revisiter les créations pour mieux apprécier les différentes interprétations des artistes. 

À gauche de l’entrée, on trouve la série d’oeuvres des artistes de BRAVO-Nord (dont Bérini était membre de son vivant) inspirées de la toile Les grandes orgues de Saint-Sylvestre. On y trouve la plus grande variété de matériaux d’expression dont les magnifiques fibres d’art de Réjeanne D’Amours, l’ingéniuse utilisation de lattes de store vénitiens de Laurent L. Vaillancourt et le vitrail de Solange Vaillancourt. 



Faisant face à BRAVO-Nord, les oeuvres de BRAVO-Centre honorent la toile Poésie, Musique, Peinture 1980. Le rapport visuel entre les créations des membres et celle de Bérini est moins direct mais tout aussi efficace pour soutenir le thème. Il est intéressant de comparer le contraste entre l’effet mandala de Sylvia Antinozzi (comme le décrivait si bien Véronique Tomaszewski alors que nous admirions toutes deux sa toile) et celui plus pixellisé de Bruce Cull. 

BRAVO-Sud
La série d’oeuvres des douze membres de BRAVO-Sud était des plus satisfaisantes à admirer, peut-être parce qu’insufflée de la lumière spirituelle qui émane du paysage sans titre dont les artistes se sont inspirés. On en a dit dans le catalogue qu’elle “incarne une qualité spirituelle que Bérini était impatient d’exprimer”.




Le sentier lumineux photographié dans une forêt par Marc Audette est certainement investi de cette qualité spirituelle. Il en va de même pour l’estampe numérique montée sur plexiglass de Denis Leclerc, belle comme un vitrail d’église, ainsi que du regard du photographe André Pilon tourné vers le ciel sous une voûte d’arbres qui montent comme une cathédrale. Il y a encore l’expérience d’animation de Paul Walty, tirée d’une série de photos captant de façon énigmatique la lumière de vitraux bien réels.

Seul bémol à l’exposition: la série de BRAVO-Est. Non pas à cause de la qualité de ses oeuvres (vous vous amuserez avec l’effet 3D de la création de Marc Charbonneau) mais parce qu’ils n’ont pas voulu jouer le jeu jusqu’au bout. Chaque artiste s’est en effet inspiré d’une oeuvre différente, privant ainsi le public de la joie apportée par la variation sur un même thème adoptée par les autres régions.



BRAVO et ses membres
Avec de semblable initiatives, (n’oublions pas la superbe Nuit Bouffe de BRAVO-Sud décrite dans L’Express en septembre dernier) BRAVO s’affiche de plus en plus comme un joueur vital pour la promotion, le développement et la rencontre des artistes visuels de l’Ontario.

Il n’est coûte que 40$ par année (10$ si vous êtes étudiant) pour devenir membre et profiter d’une liste grandissante d’avantages. Pour en savoir plus, consultez le site www.bravosud.org si vous habitez la région du Grand Toronto, ou le site provincial www.bravoart.org.  

Clément Bérini: Honorer Inspirer Rassembler
Où: Galerie Glendon, 2275 avenue Bayview (au fond du campus).
Quand: Jusqu’au 31 mai. La galerie est ouverte du mardi au samedi de midi à 14h.
Combien: Entrée gratuite, stationnement payant
Pendant que vous y êtes: Emportez un pique-nique et profitez du superbe Jardin des roses attenant à la Galerie, puis baladez-vous sur le campus, particulièrement en beauté au printemps.
Visite guidée sur demande: Communiquez avec Lise Goulet au 416-325-2068 ou lise.goulet@ontario.ca.





Monday, May 6, 2013

Denis Leclerc: co-fondateur de Costa Leclerc Design

Penser en dehors de la boîte 
(de graphisme)


Depuis des années, la firme Costa Leclerc Design trouve des façons originales de souhaiter de joyeuses fêtes à ses clients tout en leur transmettant l’information sur l’organisme bénéficiaire de leur don corporatif annuel. Cette approche permet à la boîte de graphisme de faire d’une pierre... quatre coups!

Qu’on gère une petite entreprise ou qu’on soit pigiste, le personnel et le temps sont des ressources limitées. On se doit donc de maximiser l’impact de chacune de nos actions. (Dans mon cas par exemple, je ne sors jamais sans mon appareil photo et me concentre sur les activités sociales dont je pourrai éventuellement parler dans un article, un blogue ou un guide.) 

En dehors du bureau
J’ai rencontré Denis Leclerc, la tête francophone de l’entreprise bilingue Costa Leclerc Design (CLD), afin qu’il me parle un peu plus de son approche. Il m’a invitée dans le sélect Soho House (club privé dont il est membre) lové à l’ombre du splendide Hôtel Shangri-La. 

L’ambiance est aussi feutrée que celle des boys’ clubs qu’on voit dans les films: divans de cuir, petits recoins pour brasser de grosses affaires, service discret, pas le droit de prendre des photos, etc. Mais le jeune homme à la réception, vêtu d’un T-shirt de Mickey Mouse, et la marquetterie du magnifique plancher, faite de bois de grange, indique qu’il s’agit d’un club fait pour plaire à une communauté artistique.   

Y étant membre, Denis Leclerc peut à la fois profiter personnellement de l’ambiance stimulante et de la bonne cuisine du Soho, et cultiver ses relations d’affaire en leur offrant une expérience des plus agréables, en dehors du bureau. 
Ça ne date pas d’hier!
Ce réflexe de faire d’une pierre deux coups ne date pas d’hier chez l’entrepreneur. 

Le décor intime du club porte aux confidences. Dans la conversation, j’apprend que lorsqu’il était adolescent, Denis devait marcher une heure pour se rendre de sa banlieue vers le quartier plus cossu de ses amis. Qu’à celà ne tienne, il profitait de la marche à la fin de ses soirées pour... étudier. Il s’arrêtait sous la lumière de chaque lampadaire pour lire un passage qu’il entreprenait ensuite de mémoriser dans la noirceur, jusqu’au prochain lampadaire.

On comprend que les clients bénéficiant d’une telle imagination pour maximiser les ressources en ont pour leur argent.

Aller de l’Avant
Le 1er décembre dernier, CLD a avisé ses relations d’affaire qu’un calendrier de l’Avant était disponible sur leur nouveau site web. 

Chaque jour jusqu’au 25 décembre, la boîte a ajouté une surprise à son calendrier. On découvrait tout à tour des faits intéressants, des offres ludiques, des réflexions philosophiques inspirantes, et des liens sur quelques organismes auprès desquels faire des dons. 

On peut voir la version finale de ce calendrier interactif sous la rubrique Élémentaire de leur site (cliquer la case arborant le chiffre 25 en jaune, puis le titre 25 jours de merveilles).

D'une pierre quatre coups!

Premier coup: redonner à la société
Une firme bien établie comme Costa Leclerc peut décider de faire des dons corporatifs en argent (ce qu’ils font à chaque année), mais ils choisissent aussi de consacrer du temps de création pour donner une visibilité accrue à l’organisme de leur choix. 

On comprend ici que redonner à la société est à la portée de toutes les entrepreneurs. Chacun peut en effet choisir de consacrer du temps, à défaut d’argent, pour assister des organismes à buts non lucratif auxquels il croit, selon la nature de son entreprise. Pensez création de visuel, services légaux, consultation marketing, rédaction, correction, traduction, conception de clips, prise de photos et autres.

Deuxième coup: renouvellement
Ce sont par de tels projets qu’une firme créative peut le plus se renouveller. 

Denis remarque que les contrats impliquant des clients viennent souvent avec des contraintes (tel le look courant de la compagnie ou la résistance aux nouvelles idées). Or, pour attiser la flamme créative, il faut pouvoir se dépasser de temps en temps. Si l’ocasion de dépassement ne vient pas d’un contrat, la firme peut se créer son propre projet et en faire bénéficier quelqu’un. 
Dans la section Élémentaire de leur site web, vous trouverez  toutes les actions promotionelles créées par CLD pour attirer l’attention sur des organismes à but non lucratifs. Mes préférées comprennent une boussole, une maisonnette à construire, des caractères d’imprimerie vintage, un bricolage de petits oiseaux pour l’arbre de Noël et un sandwich au beurre de "pinotte" et confiture

Denis Leclerc est aussi membre du collectif PADEJO, lui permettant d’explorer des avenues très différentes de celles fréquentées par sa firme. On pouvait le voir lors du dernier Nuit Bouffe sculpter des "ballounes" avec ses artistes partenaires Paul Walty et Joseph Muscat. 

Troisième coup: renforcer sa crédibilité
Le point de départ du calendrier de l’Avant était l’écrit, affirme Denis. “De nos jours, le contenu devient plus important que le visuel.” explique-t-il. Un projet comme le calendrier de l’Avant permet à la firme de se positionner comme une entreprise capable de penser un contenu pertinent.

Quatrième coup: relations publiques
La compagnie donatrice peut ensuite faire part de son action pour mieux faire connaitre à sa clientèle les valeurs de l’entreprise. (Les projets développés pour accompagner les dons se retrouvent dans le portefolio de Costa Leclerc.) 

Elle peut ainsi engager une conversation en ligne dans ses médias sociaux, sur son site web ou lors de rencontres sociales, la base de bonnes relations publiques. (Sans oublier que ça permet d’attirer l’attention du public vers l’organisme bénéficiaire et peut-être de motiver d’autres compagnies à lui prêter main forte.)

Un autre avantage du calendrier est qu’il a appris aux visiteurs comment naviguer sur le nouveau site de CDL (bâti sur la même structure de cases de mosaïque que l’on clique). 

À la portée de tous
De nos jours, il n’en coûte plus rien pour envoyer en ligne documents, PDFs, photos, illustrations, eBooks et clips. C’est la démocratisation des moyens de diffusion.

La question se pose donc pour toutes les entreprises, petites et grandes.  “Que peut-on créer et donner à nos clients pour célébrer notre relation, renforcer nos liens et commencer une conversation?”

“Et comment va-t-on s’amuser en même temps?”, rajoute Denis Leclerc, en hédoniste pragmatique.



Monday, September 24, 2012

BRAVO, un “trip de gang” réussi!

Attention! Contagieux.
Il y a de ces enthousiasmes qui sont contagieux. Et la passion pour l’art contemporain des artistes rencontrés lors de la Nuit Bouffe était franchement communicative. Mais la plus grande valeur de cet événement était certainement son accessibilité. Avec son concept acceuillant, à forte dose d’humour et de rebondissements, BRAVO tient un événement de qualité qui mériterait de devenir une rendez-vous francophone, une semaine avant la Nuit Blanche de Toronto.

Pour donner le ton à la Nuit Bouffe, les artistes sont littéralement “partis sur une balloune”! (Elle n’est pas de moi mais du maître de cérémonie Marc Lemyre, en grande forme pour l’occasion.)

De l’art Pop?
Voilà quelques années que le collectif PADEJO s’éclate dans des projets loufoques de construction de structures gigantesques entièrement faites... de ballons. La soirée a donc débuté dans l’atrium de Metro Hall, avec un petit verre et des canapés servis autour d’une immense sculpture autoportante représentant une sorte de reine-mère insecte avec son petit, entourée d’une clôture de barbelés (mon interprétation, j’ai le droit, c’est de l’art contemporain). 

Le trio PADEJO est constitué des artistes Denis Leclerc, Joseph Muscat et Paul Walty aimant explorer dans un travail collectif des modes d’expression différents de leur style personnel. 

Pourquoi des ballons? “Parce qu’on cherchait un médium léger qui se transportait dans une valise, pour créer un événement à Sudbury. Ça ne nous tentait pas de louer un camion!” nous explique Denis Lecler, pince-sans-rire. De plus, ça fait des “maudits beaux parties” de “pétage de ballounes”! Le grand public était convié à venir crever tous les ballons de la sculpture le lendemain après-midi à la clôture des activités de la Semaine de la Francophonie. Vous imaginez un peu?

L’art nait souvent des contraintes. En s’imposant celle-ci, le trio s’est amusé à improviser tout en explorant le matériel. Chemin faisant, ils ont pu apprécier le contact avec le public qui vient avec une longue création s’étendant sur plusieurs jours dans un espace public. “On ne sait jamais où ça va terminer. La surprise est belle.”

Ceci est une installation
Parlant de surprise, le public a participé à une petite activité surprise menée par Thom Sokoloski, partenaire du traiteur The Cheese Gourmand (il nous guidera plus tard dans une dégustation de fromages) mais également passionné des installations et commissaire du volet de Nuit Blanche Dada ReBoot! devant se dérouler samedi le 29 septembre prochain à la Distillerie.  

Nous ayant invités à nous fabriquer un masque de fortune avec une page de journal, il nous fait tourner autour de l’oeuvre de PADEJO, masqués, en nous filmant à ronde avec son iPhone. Cette expérience, nous explique-t-il, illustre bien ce qu’est l’installation en art contemporain. 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça brise la glace. Ainsi réchauffés, nous nous empilons dans un autobus scolaire (le véhicule par excellence pour une ambiance bon enfant) en direction de la Distillerie. Premier stop: la galerie Engine où expose présentement Paul Walty.

BRAVO épate la galerie
En se tapissant l’estomac d’une délectable terrine du chef Didier Leroy (pour faciliter la métabolisation de l’alcool qui promettait de couler à flôt toute la soirée) nous écoutons Denis Leclerc nous parler de l’art de l’installation au coeur de la belle galerie. Une discussion fort intéressante s’improvise sur le champ, sur cet art de groupe et sa place dans notre quotidien.

Puis Paul Walty présente son oeuvre, une série de douze dessins puissants de femmes solides, illustrant bien la maîtrise de l’artiste (que plusieurs d’entre nous connaissent autrement, dans le cadre de ses ateliers d’animation donnés dans les écoles élémentaires).

Dans la soirée, nous aurons l’occasion de prendre un trou normand dans la somptueuse Galerie Thompson Landry où le sculpteur Luc Bihan nous parlera de son processus de création: “Créer, ça vous soigne l’esprit.” (Il est à la tête LucSculpture, une école de sculpture pour tous âges des plus dynamiques.) 

Nous visiterons également le Labo pour y voir en primeur l’oeuvre d’art numérique de Manuel Chantre, qui y sera lancée durant la Nuit Blanche. “Non, ce n’est pas de la peinture à numéro!” souligne Marc Lemyre d’un air faussement sévère à un public rendu plus fort sur l’humour “bottine” à cette heure avancée de la soirée.

Improvisation au menu
Durant le repas (constitué d’une superbe entrée de saumon et d’un coquelet en sauce, suivi d’une dégustation de fromages artisanaux du Québec) se déroulait au son des guitares de Bernard Dionne et son partenaire de crime Xavier Didelot, tous deux menant la double vie d’enseignants de l’élémentaire et de musiciens.

Avant le repas, la danseuse Julie Lassonde nous a raconté une expérience de mauvaise improvisation puis s’est lancé avec grâce et force dans une improvisation, réussie celle-là, au son de la contrebasse de Bernard. Il est fascinant d’apprendre que cette femme pratique à la fois le droit et la performance artistique. La thèse de maîtrise de la jeune avocate a fait le pont entre ses deux passions. Il faut y jeter un petit coup d’oeil pour réaliser comment l’art peut même influencer le monde du droit.

Comme nous disait Marc Lemyre en début de soirée: “Si vous prenez ce soir le risque de parler à des inconnus, vous laisserez entrer une chose nouvelle dans votre univers. Si cette chose vous appartient à la fin de la soirée, l’art aura fait son travail de subtile transformation.”