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Tuesday, July 23, 2013

Zits: la bédé à la rescousse des parents d’ados


"Quel mois sommes-nous?" demande Jeremy. "Pas une question intelligente à demander à la masse travaillante.", conclue Jeremy.




À coup de quatre cases, en quelques traits de crayon et quelques mots bien choisis, les auteurs de Zits ont réussi à rassurer une génération de parents d'adolescents sur leur compétence et sur la normalité de leur progéniture, tout en les aidant à préserver leur santé mentale.

Durant les vacances de l’été, rien de tel qu’un bon recueil de bédés pour amuser toute la famille. Y’a donc pas meilleur temps pour vous initier à Zits si vous ne connaissez pas déjà l’excellente bande dessinée de Jerry Scott et Jim Borgman (disponible chez tous les bons libraires et dont vous pouvez voir plusieurs extraits sur leur site zitscomics.com).  

Quand fiston passe d’adorable à... ado tout court
Vous êtes parent d’un adolescent? Vous doutez parfois de votre capacité de pouvoir un jour en faire un être autonome contribuant de façon positive à la société? Vous ne pouvez croire que votre beau petit garçon soit devenu cette espèce d’invertébré égocentrique et sans jugeote, doté d’un estomac sans fond quand il n’est pas collé à son écran? 

“Join the club”, vous diront les fans inconditionnels de Zits.

"Ta mère peut être pas mal sarcastique, non?", remarque Pierce. "Tu m'y reprendras à ranger mon bol de céréales dans le lave-vaisselle!" s'indigne Jeremy.

Un outil pour les parents
Zits croque des scènes de la vie de Jeremy, un ado de 16-17 ans, et de ses parents, Walt et Connie. Les trois s’entendront pour dire que leur quotidien est souvent des plus frustrants, mais pour des raisons différentes. Connie donnerait la lune pour un fils qui partagerait un tant soit peu ses joies et peines avec elle. Walk se contenterait d’un fils qui arrête de lui renvoyer l’image d’un croulant. Et Jeremy aimerait bien qu’on apprécie mieux “tous” ses efforts, et surtout, qu’on le laisse tranquille sans toutefois l’ignorer. 

Je ne sais combien de fois j’ai pu coller ces bédés intelligentes à ma réalité. Il faut dire que, tout comme Jeremy, mon fils est blond et joue de la guitare. Et que tout comme sa mère, j’écris des livres. Mais ma projection en la mère de Jeremy tient du fait que, tout comme elle, je ne me suis jamais sentie aussi peu “cool” que depuis que j’ai des adolescents!
Jeremy et Laurent, tous pour un même combat!

J’ai la chance d’avoir l’appui d’un groupe de mères (nous nous connaissons depuis la naissance de nos premiers-nés, il y a vingt ans). Mais je puis vous garantir que la bédé Zits joue le même rôle de soutien moral. Rien de tel que de comparer nos notes avec d’autres dans la même situation que nous pour dédramatiser notre vécu.

La table à dessin dans le salon
Ce n’est pas par hasard si les bandes dessinées de Jim Borgman et Jerry Scott sont aussi universellement appréciées (les bandes sont publiées dans plus de 1 600 journaux dans 45 pays et 15 langues et les recueils sont vendus à des millions d’exemplaires). Dans le recueil Jeremy and Mom, les auteurs accompagnent les bédés de commentaires sur leur processus créatif. On y découvre que Jim vit au sein d’une famille reconstituée comprenant cinq adolescents. “J’ai installé ma table à dessin dans la salle familiale”, déclare-t-il, terre-à-terre. 

Tous les jours, Jim et Jerry (aussi responsable des textes de la bédé Baby Blues) se parlent longuement au téléphone pour jongler les idées et partager leurs notes sur leur expérience respective de parents.

Les auteurs ont eu la bonne idée de publier dans Jeremy and Mom quelques-unes de lettres d’hommage des plus touchantes envoyées par des parents reconnaissants. L’une d’entre elles résume bien ce que pensent les fans de la bédé: “Votre série Zits a été plus utile pour nous faire comprendre notre adolescent que tous les conseillers et psychiatres que nous avons rencontré à son sujet.”

Les Zits ne sont malheureusement pas facilement disponibles en français. Mais rien que la tête de Connie quand elle entre la soue à cochons (chambre) de son fils vaut mille mots.

Sur la porte de notre frigo, ma bande Zits préférée:
"T'auras pas pu te lever pour prendre la pinte de lait?" soupire le père résigné. "Papa, y'a des idées qui ne demandent qu'à être essayées." explique Jeremy.



Monday, May 27, 2013

Le livre Mindset, de Carol Dweck

Les parents dans tous leurs états

Un excellent outil à ajouter à notre arsenal de parent: Mindset: The New Psychology of Success de Carol Dweck, professeure de psychologie à l'Université Stanford. 

Malgré son titre, il ne s'agit ni d'un livre de motivation pour gens d'affaires, ni d'un ouvrage new-age. Cet essai regorge de références à des recherches spécifiques menées par l'auteure, qui lui ont permis d'identifier deux types d'état d'esprit qui gèrent nos actions: l'état d'esprit fixe, ou l'état d'esprit de croissance. 

Concrètement, ce livre permet de décoder les messages qu'on envoit malgré nous à nos enfants. Il démontre que plus souvent qu'autrement, avec les meilleures intentions du monde, nous sommes la source des problèmes que vivent nos enfants. 

Bonne nouvelle: on peut renverser la vapeur avec quelques trucs concrets. (Voir mon article dans L'Express de Toronto.)

Wednesday, May 8, 2013

Excellente liste de livres pour les mères qui en ont ras-le-bol

Ras-le-bol du rôle de la wonderwoman?
Voici une liste de livres qui illustrent bien le sentiment de ras-le-bol de la wonderwoman, exprimé avec humour et irrévérence par des femmes qui n'ont pas froid aux yeux.

À lire pour arriver à se défaire du mauvais réflexe de sentir qu'on n'en fait jamais assez (basé sur un modèle de "mère parfaite" irréaliste aspirant au bon goût de Martha Stewart, au corps post-accouchement de Demi Moore ainsi qu'à l'état d'euphorie maternelle des mères-célébrités tel que décrit dans les magazines).

Que fait cette liste dans un blog Passions: 100 façons? C'est que je suis en croisade passionnée contre tous les faux problèmes qui rongent notre plaisir de vivre dans le quotidien.

Confessions of a Bad Mother, de Stephanie Calman
Confessions of a Failed Grown-up, de Stephanie Calman
(voir son site)
The Three-Martini Playdate, de Christie Mellor 
Confessions of a Slacker Momde Muffy Mead-Ferro
Confessions of a Slacker Wife, de Muffy Mead-Ferro
Journey to the Darkside, de Kathy Buckworth
Les Chroniques d'une mère indigne 1, de Caroline Allard
Les Chroniques d'une mère indigne 2, de Caroline Allard
(voir ses blogues Chroniques d'une mère indigne et trashdingue)

Le livre "outil" préfacé par Caroline Allard:

Imparfaite, et alors?, de Julie Beaupré et Anik Routhier
(voir leur site)

(update de l'article, 7 mai 2013)
Publié en septembre 2012, voici un livre qui a fait fureur:
Sh*tty Mom: The Parenting Guide for the Rest of Us écrit par quatre femmes sans retenue.

Lecture rapide, humour direct, rire instantané!

Saturday, April 13, 2013

The Dumbest Generation, de Mark Bauerlein

Un monde sans adultes pour les jeunes
(Je rapatrie ici un article que j'ai publié en 2011 dans mon ancien blog On arrive-tu)

On ne sait plus s'il faut débrancher tout ce beau monde (nos enfants) ou embrasser pleinement cette tendance qui envahie nos vies mais qui semble les préparer pour un avenir de plus en plus technologique. Mark Bauerlein, auteur du livre The Dumbest Generation n'y va pas de main morte pour argumenter qu'il est temps que les adultes s'en mêlent.

Durant l'année scolaire, on pense qu'ils sont attelés devant leurs livres à étudier, on les retrouve devant leur page sur Facebook. On les croit endormis à poings fermés, puis on remarque la lueur bleutée de leur cellulaire sur leur visage tandis qu'ils échangent des textes-messages avec leurs amis. L'été, c'est pire. Trop jeunes pour travailler, trop vieux pour être gardés, ils ont un accès illimité à l'internet et ils en abusent, comme le prouve leur teint blafard en plein mois de juillet. Ça nous rend fou mais comment renverser la vapeur de ce phénomène social si séduisant (d'ailleurs, qui d'entre nous n'a pas vérifié son courriel à plusieurs reprises aujourd'hui)? 

The Dumbest Generation (La génération la plus bête), publié en anglais exclusivement en 2008, porte deux sous-titres drastiques: How the Digital Age Stupefies Young Americans and Jeopardizes Our Future (Comment l'ère digitale anesthésie les jeunes Américians et met notre futur en péril) et (au cas où on ne serait pas assez alarmés) Don't Trust Anyone Under 30 (Ne faites confiance en personne âgé de moins de 30 ans).

Les ordis au bûcher?
Avec pareil titre, on pourrait croire que l'auteur (un professeur d'anglais à l'Université Emory à Atlanta qui a aussi dirigé des recherches sur la culture et la vie américaine pour la National Endowment for the Arts) recommande de mettre tous les ordis et portables au bûcher. Cependant, le propos du livre de Mark Bauerlein est plutôt de jeter un regard objectif sur l'intellect des jeunes d'aujourd'hui afin de démontrer que la promesse de tous les bienfaits que la nouvelle technologie apporterait à leur développement ne s'est pas réalisée. 

À grand renfort de résultats d'études et de statistiques dans des chapitres aux noms inquiétants (traduction libre: Le déficit de la connaissance, Les nouveaux bibliophobes, Le non-apprentissage de l'apprentissage en ligne, La trahison des mentors), l'auteur s'évertue à nous faire comprendre que nous avons jeté le bébé avec l'eau du bain à force de nous concentrer que sur l'intégration de la technologie dans notre vie contemporaine au détriment des autres véhicules de la culture.

Bauerlein relève plusieurs cas de conseils scolaires américains revenant sur leur décision après avoir investi des millions en ordinateurs et logiciels éducatifs durant des années, sans résultats concrets d'amélioration de l'apprentissage des mathématiques et de compréhension de textes. Il est indéniable que l'acquisition d'ordis dans les écoles accroit le plaisir des jeunes dans la salle de classe. Cependant, on n'a pas remarqué d'amélioration de la performance scolaire chez les étudiants informatisés.

Ouverture sur le monde?
Amélioration de la lecture?
On s'extasie souvent sur l'ouverture sur le monde que l'Internet permet aux jeunes d'aujourd'hui. William Strauss et Neil Howe, les auteurs du livre Millennials Rising: The Next Generation, prévoyaient en 2000 qu'à cause de la fascination des jeunes pour les nouvelles technologies, nous assisterions à une renaissance culturelle qui aurait des conséquences séismiques sur l'Amérique.

Il est vrai que tout est là sur l'Internet: les grandes oeuvres, les encyclopédies, l'accès aux journaux du monde entier, la science, les faits historiques et tous ces beaux textes qui ouvrent l'esprit. Mais voyons dans les faits la nature des sites qui sont consultés.

Selon le site eBizMBA, les 15 sites web les plus visités en cet été de 2010 sont les suivants:
1) YouTube: 175 000 000 visiteurs uniques par mois (site de clips)
2) Wikipedia: 125 000 000 visiteurs (encyclopédie allimentée et visitée par les visiteurs)
3) Blogger: 121 000 000 (site de blogues)
4) craigslist: 90 000 000 (site d'annonces des particuliers)
5) WordPress: 89 500 000 (site de blogues)
6) Twitter: 80 500 000 (site facilitant la diffusion de messages de 144 mots)
7) flickr: 79 000 000 (site diffusant des photos)
8) IMDB: 60 000 000 (site diffusant info sur films)
9) photobucket: 55 000 000 (site diffusant photos et clips)
10) digg: 45 000 000 (site d'info alimenté par les Diggers, le pouls d'une certaine communauté)
11) eHow: 43 000 000 (site "How to" avec articles et vidéos, soumis par la communauté)
12) TypePad: 26 000 000 (site de blogues)
13) HubPages: 24 500 000 (site publiant articles soumis par les Hubbers)
14) deviantART: 21 500 000 (site diffusant l'art de la plus grande communauté artistique au monde)
15) wikia: 21 100 000 (autre communauté de collaborateurs publiant de l'info sous les rubriques Entertainment, Gaming et Lifestyle)

Ajoutons les deux sites de «networking social» les plus populaires: Facebook avec 250 000 000 visiteurs uniques par mois et MySpace avec 122 000 000 visiteurs mensuels.

En comparaison, les 10 sites scientifiques les plus populaires attirent au total 53,350,000 visiteurs uniques par mois. (Ce qui est moins que les 10 sites de rencontre les plus visités qui totalisent 79,950,000 visiteurs uniques.)

Aouch!

Un miroir d'eux-mêmes
L'influence des amis s'est toujours fait sentir mais avec l'avènement des courriels, cellulaires, facebook, Twitter, la pression ininterrompue des paires a atteint des niveaux sans précédent. Au lieu de créer une génération plus que jamais ouverte sur le monde, l'horizon des jeunes s'est en fait refermée sur eux et la scène sociale qui les entoure.

Quand ils ne sont pas sur les sites de réseautage social, les jeunes vont sur les sites du genre Wikia, dont le slogan fort approprié est «Collaborate with people who love what you love.» (Collaborez avec les gens qui aiment ce que vous aimez.)

Avec toute la flexibilité (à priori fort louable) que procure l'internet, les jeunes se construisent un environnement virtuel qui leur renvoie un miroir d'eux-mêmes, à l'abri des adultes. Ils se retrouvent avec une représentation faussée du monde et ils affichent des opinions inébranlables qui sont continuellement renforcées par leur milieu homogène.

Comme nous l'explique Mark Bauerlein, la génération des moins de 30 ans en vient à n'avoir de contacts qu'avec elle-même. Il n'y a presque plus d'interaction verticale entre cette couche de la société et les adultes qui les ont précédés. La seule modélisation qui a lieu est horizontale.

Des nains sur les épaules des géants
Le philosophe Bernard de Chartres est celui qui a dit dans les années 1120: «Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu'eux, non parce que notre vue est plus aigüe ou notre taille plus haute, mais parce qu'ils nous portent en l'air et nous élèvent de toute leur hauteur.»

Selon l'auteur, même les mentors d'aujourd'hui, les professeurs d'université, ont abdiqué et ne font plus valoir auprès de leurs étudiants la valeur de l'expertise, de l'expérience, des connaissances traditionnelles. On ne voudrait surtout pas décourager les jeunes avec la notion du laborieux apprentissage sur lequel s'appuie cette expertise. On a tellement acheté le discours de l'estime de soi et de l'expression individuelle qu'on a négligé de faire valoir les bienfaits de la connaissance en soi, en permettant aux jeunes de ne focusser que sur la connaissance de soi.

Avez-vous déjà remarqué que nos enfants n'ont somme toute jamais l'occasion d'apprécier le niveau d'expertise des professeurs qui dirigent les cours qu'on leur offre? Une fillette peut faire quatre ans de violon sans n'avoir jamais entendu sa prof s'attaquer à une sonate classique digne de ce nom. Les bambins qui suivent les cours de karaté ne savent pas de quoi est capable leur enseignant détenteur d'une ceinture noire. Les petits sportifs ne voient jamais leur entraîneur se donner à fond sur le terrain. Autant d'occasions manquées de leur montrer à quoi ils peuvent aspirer, à quoi sert de mûrir.

La maturité est en partie motivée par les modèles qui nous arrivent d'en haut, par nos contacts avec les personnes plus âgées que nous: les enseignants, les employeurs, les oncles et tantes, les grands frères ainsi que les parents. Quand les opportunités de modélisation verticales s'offrent, elles permettent aux jeunes de mettre leurs «grandes» préoccupations en perspective.

Sortir de sa zone de confort
Quand on passe trop de temps dans un milieu homogène, on évite peut-être le désagrément d'avoir à affronter des gens dont le comportement nous irrite, mais on se prive aussi d'une des conditions primordiales pour apprendre: l'opportunité d'entendre la version des autres.

Les jeunes ont besoin d'une retraite de leur monde d'ado afin d'être exposés à autre chose. Ils ne peuvent le faire seuls, ils ont besoin de l'aide des adultes. Et ceci constitue le cri de ralliement de Mark Bauerlein: il est du devoir de tous les plus de 30 ans d'arrêter de faire de notre monde un univers tourné exclusivement vers les enfants et ce qui les intéresse.

Je n'irais pas aussi loin que l'auteur qui dit qu'il est temps qu'on explique aux jeunes que l'adolescence n'est qu'un état inférieur fait de petits défis sans comparaison avec la vraie vie qui se déroule sur la place publique, politique et historique. (Son but avoué n'est ni plus ni moins que celui de sauver la démocracie qui s'appuie sur la connaissance.)

Je préfère focusser sur de plus petites réussites en faisant de temps en temps sortir mes enfants de leur petit univers afin d'élargir leurs horizons. En tant qu'auteure d'un guide sur les sorties en famille, j'ai d'ailleurs noté que mes enfants n'abordaient généralement pas de gaîté de coeur les sorties inconnues que je leur imposais. Au début, je puisais dans des raisons pécunières le courage de leur forcer la main (c'est pour le guide). Mais éventuellement, je le faisais sans regret parce que j'avais observé qu'ils finissaient toujours par se laisser porter par le plaisir de découvrir quelque chose de nouveau.

Personne n'a dit son dernier mot
Il est vrai que les jeunes n'ont jamais été aussi conscients les uns des autres et en perpétuel contact. Il est aussi vrai que ces jeunes semblent entièrement tournés sur eux-mêmes. Cependant, ne dit-on pas que l'adolescence se termine maintenant à 26 ans? (En 2005, 20% des Américains de 26 ans vivaient chez leurs parents, contre 11% en 1970.)

La génération du millénaire a présentement entre 10 ans et 30 ans. La majorité d'eux n'a donc pas encore atteint l'âge adulte (nouvellement redéfinie comme 27 ans et plus). Est-il si naïf d'imaginer que cela risque de donner des résultats intéressants pour la société, quand ils commenceront inévitablement à être préoccupés par des sujets plus matures?

Puis, il ne faut pas oublier la pression des Baby Boomers qui fait ralentir le momentum de la glorification de la jeunesse insouciante ayant déterminé notre société depuis les années 60. Ils sont plus en forme physiquement et financièrement que les générations précédentes au même âge. Ils ont bien vécu leur «trip hédoniste» et sont maintenant à l'étape de leur vie où ils ont envie de redonner à la société.

Avec un tel programme, il se pourrait que les jeunes aient enfin envie de prendre leurs aînés comme modèle.

Autres revues de livres pour tenter de comprendre notre société:

Friday, April 12, 2013

Hello, I'm Special, du Torontois Hal Niedzviecki

Tout le monde le fait!
(Je rapatrie ici un article que j'ai publié en 2011 dans mon ancien blog On arrive-tu)

Pour bien des jeunes, un tatou est un acte un peu rebelle qu'ils cacheront quelque temps à leurs parents mais surtout, qui les marquera de façon unique. Cependant, il n'y a qu'à faire un petit tour sur les plages pour voir tous ces jeunes qui arborent leur «marque unique». (Vous avez remarqué le nombre de tatoués lors de la coupe mondiale de soccer?) Comment expliquer que l'ironie de la situation semble leur échapper? «Parce que l'individualité est le nouveau conformisme», nous explique le Torontois Hal Niedzviecki dans son livre Hello, I'm Special.

Mes ados ne sont pas intéressés par les tatouages pour la seule raison qu'ils semblent avoir hérité de mon gène de la poule mouillée. Mais je connais plusieurs parents qui sont à bout d'arguments pour dissuader leurs jeunes de se faire tatouer dès qu'ils atteindront l'âge légal de 18 ans. Pour ces parents, un tatouage est le stigmate marginal des mauvaises graines.

Je me souviens avoir référé une de mes amies aux bandes dessinées de Zits de Jim Borgman et Jerry Scott. (Les histoires de cet ado convaincront tous les parents que leur ado est tout à fait normal.)

C'est pas ça!
Le moment déclencheur ayant poussé l'auteur à écrire Hello, I'm Special  pour nous démontrer que ce n'est pas le cas est hilarant.

Pour ses 30 ans, ses parents lui ont donné une carte Hallmark affichant la photo d'une foule maussade d'hommes vêtus de complets gris avec chapeaux et imperméables, accompagnée du message «Conformité: au fier service des gens massivement ennuyants depuis le début des temps». À l'intérieur, on y lisait: «Joyeux anniversaire à un non-conformiste».

Pour ses 31 ans, ils étaient tout fiers d'avoir dégoté une autre carte tout aussi pertinente pour leur grand garçon. On y voyait cette fois-ci la peinture d'un paysage aux arbres bleus et au soleil mauve sur laquelle on pouvait lire: «Le réel défi est de savoir rester toi-même dans un monde qui cherche à te rendre pareil aux autres». «Joyeux anniversaire, t'es unique en ton genre!»

Unique en son genre
Ce fut une révélation pour Niedzviecki. On produisait maintenant en masse des cartes pour célébrer les non-conformistes. Sa forme de rébellion était sanctionnée par Hallmark! Tout un choc pour un gars qui s'était toujours défini comme un libre-penseur qui remet en question les idées préconçues.

À mes yeux, Hello I'm Special, publié en 2004, est justement la réaction d'un jeune auteur sous le choc, qui se remet peu à peu de ses émotions en essayant de mieux comprendre comment il s'est laissé prendre au jeu égotique de se croire si unique. À en juger les critiques négatives de son livre sur amazon.com, de nombreux lecteurs n'en ont pas fait la même lecture que moi. Je soupçonne que la majorité d'entre eux ne sont pas des parents témoins de l'impact de la culture pop (et les illusions qu'elle véhicule) sur leurs ados.

Canadian Idol
Le message de la culture pop est toujours celui du triomphe de la personne ordinaire qui, en suivant sa passion et contre toutes les attentes, bat le système à son propre jeu et réussit, tout en conservant ce côté simple qui laisse croire que «ça-pourrait-m'arriver-à-moi-aussi».

Il y a: les rappeurs (et tous leurs vidéos saturés de voitures de luxe, filles glam, argent et bijoux), toute l'écurie d'émissions du genre Disney (avec les personnages principaux qui ont moins d'argent que les autres, qui sont moins beaux, qui sont trop intelligents pour être cools), la très populaire série Glee; le genre d'invités privilégiés dans les «talk shows» avec leur combo célébrité suivi de la madame-tout-le-monde-qui-a-créé-une-fondation-pour (mettre ici la cause de votre choix), les «shows réalité» (dans lesquels les gens font semblant d'oublier la présence de la caméra tout en nous présentant leur meilleur profil), l'incontournable Justin Bieber (plus ils sont jeunes et plus ça fait rêver... ou pleurer, selon notre âge), etc.

L'auteur est allé au coeur même de la culture pop: dans la file d'attente des 10 000 participants âgés de 16 à 26 ans lors des auditions régionales de Canadian Idol à Toronto en 2003.

Peu importe l'âge, l'ethnie ou de quelle partie de l'Ontario ils arrivaient, tous les jeunes aspirants qu'il a interviewés lui disaient la même chose. Ils croyaient avoir une bonne chance d'être sélectionnés; ils avaient tout ce qu'il faut pour devenir célèbre.

Comment pensaient-ils se distinguer des 10 000 autres dans la compétiton?, leur demandait le journaliste. Par le fait qu'ils veulent réussir plus que les autres et parce que c'est leur réelle passion et leur rêve de toujours.

Avez-vous déjà eu l'occasion de voir les pires auditions de ce genre d'émissions qui se donnent pour mission de créer des stars? Je vous engage à googler les pires auditions de Star Académie pour vous faire une idée de la mort de l'auto-critique. C'est tout simplement mortifiant!

Puis, afin de vous convaincre que le phénomène englobe la planète, googlez worst american idols auditionsworst dutch auditionsworst greek auditionsworst bulgarian auditionsworst australian auditionsworst vietnam auditions (liens trouvés en moins de 5 minutes de recherche sur l'Internet).

Vivre à fond
Je faisais récemment la critique du livre The Dumbest Generation dans lequel l'auteur se désole du fait que, de façon générale, les jeunes de 30 ans ou moins se sont refermés sur eux-mêmes et ne sont pas intéressés à participer aux grands débats publics. Dans Hello, I'm Special, j'ai trouvé une hypothèse réellement satisfaisante pour expliquer leur désintéressement pour les grandes questions et leur engouement pour tous ces phénomènes sociaux ayant redéfini les moins de 30 ans dans les dix dernières années.

Tous ces jeunes qui participent à l'ensemble de ce que la culture pop interactive a à leur offrir (Facebook, Twitter, blogues, YouTube, émissions pour fabriquer des stars et télé-réalité), cherchent la liberté. Ils veulent être libérés de la monotonie de l'école, de la famille, du travail, du quotidien.
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Nous sommes inondés par une culture pop qui insiste pour que l'on saisisse le «moment présent» afin d'en extraire toute la satisfaction possible (lire tout le potentiel narratif possible). Et les célébrités semblent évidemment capables plus que tous les autres de presser le citron de cette vie, d'où la fascination qu'ils exercent sur la masse.

Bref, nous devenons de plus en plus frustrés par les aléas du quotidien. Plus notre quotidien semble petit et morne comparé à tout ce que la pop culture nous dit qu'il pourrait être, plus on demande à la culture pop de nous trouver des moyens pour «expérimenter la vie à fond».

Peu d'élus, et les autres?
Malgré le message que «tout le monde peut s'il le veut», il y a peu d'élus dans le camp des riches et célèbres qui seront «libérés» des contraintes du quotidien. Il faut pourtant un exutoire pour tous ces jeunes aspirant à leur part du gâteau: la reconnaissance par le plus grand nombre possible des autres. (Faisons ici une parenthèse pour avouer que nous, les parents, avons particulièrement bien préparé le terrain. À toujours tout arrêter ce qu'on fait pour être témoins de leurs petites réussites, on leur a donné soif d'un public.)

Voilà Facebook qui offre la tribune parfaite pour démontrer notre popularité (combien d'amis avez-vous?) et pour afficher à quel point on sait s'amuser et on mène la grande vie. Sans cesse, on peut performer, se réinventer. Lancé en 2004, ce réseautage social compte maintenant 500 millions d'usagers. (Bientôt, sur un écran près de chez vous, le film The Social Network relatant l'histoire de la création de Facebook par un étudiant de Harvard.)

YouTube a été créé en 2005 et acheté par Google en 2006. Tout le monde peut maintenant passer à l'écran grâce à ce réseau, où la valeur de notre présence est évaluée non en terme de la qualité de ce que l'on diffuse mais en fonction du nombre de visiteurs (mesure de notre célébrité).

Version améliorée?
Au début, c'était libérateur et excitant, mais un message pernicieux a tranquillement pris racine: obtenez une version améliorée de vous-même avec un peu de fignolage. Vous voyez? L'idée ici n'est pas de s'améliorer pour acquérir un niveau d'excellence afin d'avoir plus de choses intéressantes à raconter. Il s'agit plutôt de réinventer son histoire jusqu'à ce qu'elle projette de nous une image unique. Ainsi nait l'impression qu'on n'existe que si l'on se raconte.

Dans un article publié l'an dernier dans le Globe and Mail, My online wall of shame, on parlait du phénomène des gens de plus de vingt ans qui, frustrés d'avoir manqué une si bonne occasion de diffusion dans leur jeunesse (publier ses états d'âme sur sa page Facebook), se sont mis à scanner le journal intime de leur enfance pour le publier sur Facebook. «À quoi bon avoir un journal intime s'il n'y a pas de public?», demandent-ils.

Quel paradoxe, tout de même! D'un côté, cette société dans laquelle l'individualité en est venue à réduire ses réflexions à la simple question: «Qu'est-ce qu'il y a là-dedans pour moi?» De l'autre, ces individus pour lesquels la forme d'expression par excellence de l'auto-réflexion qu'est le journal intime n'a aucune valeur s'il est confiné à un usage personnel.

Pas de remise en question
L'auteur de The Dumbest Generation s'inquiétait pour l'avenir de la démocratie. Si les jeunes ne prennent plus le temps d'approfondir leur connaissance en histoire, politique, géographie, philosophie, comment seront-ils capable de décider de la marche à suivre pour des sujets sérieux tel l'acceptation ou non du niqab dans notre société?

De son côté, Niedzviecki est perturbé par le fait que les jeunes sont si occupés à se demander comment faire pour entrer dans le système pour bénéficier de tous les avantages promus par la culture pop (persuadés à tort qu'ils leur sont facilement accessibles) qu'ils ne pensent même plus à remettre le système en question.

À force de se faire dire que tout est possible, on finit par tout ramener à la notion simpliste que si je ne réussis pas, c'est parce que je n'ai pas eu assez confiance en moi. C'est de ma faute. On ne remet jamais en question le contexte. (Chez la majorité des participants aux auditions de Canadian Idol, on oublie aussi de remettre en question le peu de temps consacré à développer la maîtrise de son art!)

Des livres tels Les Prodiges (version française du titre Outliers: The Story of Success du Canadien Malcom Gladwell) cherchent justement à nous rappeler qu'on ne vit pas en vase clos. Gladwell donne quelques exemples du regard critique sur le système qu'on devrait jeter afin de changer notre société pour le mieux.

Un peu tôt pour les conclusions
L'auteur conclut son livre en déplorant le fait que la transformation qu'il anticipait n'a pas eu lieu: l'émergence de la créativité dans le quotidien grâce à l'individualisme de notre société.

Personnellement, je crois qu'il est un peu tôt pour sauter aux conclusions. Grâce à l'Internet, la démocratisation des moyens de communication, de production et de diffusion n'arrête pas d'avancer depuis 2004, quand Hello, I'm Special est paru en magasins. On peut déjà publier un livre, faire un film, retoucher des photos, créer une pièce musicale avec un orchestre numérique, et mettre tout ça en ligne.

Nous n'en sommes qu'aux balbutiements.

Autres blogues pour essayer de comprendre notre société:
Drive , de Daniel Pink
The Dumbest Generation, de Mark Bauerlein