Saturday, April 13, 2013

The Dumbest Generation, de Mark Bauerlein

Un monde sans adultes pour les jeunes
(Je rapatrie ici un article que j'ai publié en 2011 dans mon ancien blog On arrive-tu)

On ne sait plus s'il faut débrancher tout ce beau monde (nos enfants) ou embrasser pleinement cette tendance qui envahie nos vies mais qui semble les préparer pour un avenir de plus en plus technologique. Mark Bauerlein, auteur du livre The Dumbest Generation n'y va pas de main morte pour argumenter qu'il est temps que les adultes s'en mêlent.

Durant l'année scolaire, on pense qu'ils sont attelés devant leurs livres à étudier, on les retrouve devant leur page sur Facebook. On les croit endormis à poings fermés, puis on remarque la lueur bleutée de leur cellulaire sur leur visage tandis qu'ils échangent des textes-messages avec leurs amis. L'été, c'est pire. Trop jeunes pour travailler, trop vieux pour être gardés, ils ont un accès illimité à l'internet et ils en abusent, comme le prouve leur teint blafard en plein mois de juillet. Ça nous rend fou mais comment renverser la vapeur de ce phénomène social si séduisant (d'ailleurs, qui d'entre nous n'a pas vérifié son courriel à plusieurs reprises aujourd'hui)? 

The Dumbest Generation (La génération la plus bête), publié en anglais exclusivement en 2008, porte deux sous-titres drastiques: How the Digital Age Stupefies Young Americans and Jeopardizes Our Future (Comment l'ère digitale anesthésie les jeunes Américians et met notre futur en péril) et (au cas où on ne serait pas assez alarmés) Don't Trust Anyone Under 30 (Ne faites confiance en personne âgé de moins de 30 ans).

Les ordis au bûcher?
Avec pareil titre, on pourrait croire que l'auteur (un professeur d'anglais à l'Université Emory à Atlanta qui a aussi dirigé des recherches sur la culture et la vie américaine pour la National Endowment for the Arts) recommande de mettre tous les ordis et portables au bûcher. Cependant, le propos du livre de Mark Bauerlein est plutôt de jeter un regard objectif sur l'intellect des jeunes d'aujourd'hui afin de démontrer que la promesse de tous les bienfaits que la nouvelle technologie apporterait à leur développement ne s'est pas réalisée. 

À grand renfort de résultats d'études et de statistiques dans des chapitres aux noms inquiétants (traduction libre: Le déficit de la connaissance, Les nouveaux bibliophobes, Le non-apprentissage de l'apprentissage en ligne, La trahison des mentors), l'auteur s'évertue à nous faire comprendre que nous avons jeté le bébé avec l'eau du bain à force de nous concentrer que sur l'intégration de la technologie dans notre vie contemporaine au détriment des autres véhicules de la culture.

Bauerlein relève plusieurs cas de conseils scolaires américains revenant sur leur décision après avoir investi des millions en ordinateurs et logiciels éducatifs durant des années, sans résultats concrets d'amélioration de l'apprentissage des mathématiques et de compréhension de textes. Il est indéniable que l'acquisition d'ordis dans les écoles accroit le plaisir des jeunes dans la salle de classe. Cependant, on n'a pas remarqué d'amélioration de la performance scolaire chez les étudiants informatisés.

Ouverture sur le monde?
Amélioration de la lecture?
On s'extasie souvent sur l'ouverture sur le monde que l'Internet permet aux jeunes d'aujourd'hui. William Strauss et Neil Howe, les auteurs du livre Millennials Rising: The Next Generation, prévoyaient en 2000 qu'à cause de la fascination des jeunes pour les nouvelles technologies, nous assisterions à une renaissance culturelle qui aurait des conséquences séismiques sur l'Amérique.

Il est vrai que tout est là sur l'Internet: les grandes oeuvres, les encyclopédies, l'accès aux journaux du monde entier, la science, les faits historiques et tous ces beaux textes qui ouvrent l'esprit. Mais voyons dans les faits la nature des sites qui sont consultés.

Selon le site eBizMBA, les 15 sites web les plus visités en cet été de 2010 sont les suivants:
1) YouTube: 175 000 000 visiteurs uniques par mois (site de clips)
2) Wikipedia: 125 000 000 visiteurs (encyclopédie allimentée et visitée par les visiteurs)
3) Blogger: 121 000 000 (site de blogues)
4) craigslist: 90 000 000 (site d'annonces des particuliers)
5) WordPress: 89 500 000 (site de blogues)
6) Twitter: 80 500 000 (site facilitant la diffusion de messages de 144 mots)
7) flickr: 79 000 000 (site diffusant des photos)
8) IMDB: 60 000 000 (site diffusant info sur films)
9) photobucket: 55 000 000 (site diffusant photos et clips)
10) digg: 45 000 000 (site d'info alimenté par les Diggers, le pouls d'une certaine communauté)
11) eHow: 43 000 000 (site "How to" avec articles et vidéos, soumis par la communauté)
12) TypePad: 26 000 000 (site de blogues)
13) HubPages: 24 500 000 (site publiant articles soumis par les Hubbers)
14) deviantART: 21 500 000 (site diffusant l'art de la plus grande communauté artistique au monde)
15) wikia: 21 100 000 (autre communauté de collaborateurs publiant de l'info sous les rubriques Entertainment, Gaming et Lifestyle)

Ajoutons les deux sites de «networking social» les plus populaires: Facebook avec 250 000 000 visiteurs uniques par mois et MySpace avec 122 000 000 visiteurs mensuels.

En comparaison, les 10 sites scientifiques les plus populaires attirent au total 53,350,000 visiteurs uniques par mois. (Ce qui est moins que les 10 sites de rencontre les plus visités qui totalisent 79,950,000 visiteurs uniques.)

Aouch!

Un miroir d'eux-mêmes
L'influence des amis s'est toujours fait sentir mais avec l'avènement des courriels, cellulaires, facebook, Twitter, la pression ininterrompue des paires a atteint des niveaux sans précédent. Au lieu de créer une génération plus que jamais ouverte sur le monde, l'horizon des jeunes s'est en fait refermée sur eux et la scène sociale qui les entoure.

Quand ils ne sont pas sur les sites de réseautage social, les jeunes vont sur les sites du genre Wikia, dont le slogan fort approprié est «Collaborate with people who love what you love.» (Collaborez avec les gens qui aiment ce que vous aimez.)

Avec toute la flexibilité (à priori fort louable) que procure l'internet, les jeunes se construisent un environnement virtuel qui leur renvoie un miroir d'eux-mêmes, à l'abri des adultes. Ils se retrouvent avec une représentation faussée du monde et ils affichent des opinions inébranlables qui sont continuellement renforcées par leur milieu homogène.

Comme nous l'explique Mark Bauerlein, la génération des moins de 30 ans en vient à n'avoir de contacts qu'avec elle-même. Il n'y a presque plus d'interaction verticale entre cette couche de la société et les adultes qui les ont précédés. La seule modélisation qui a lieu est horizontale.

Des nains sur les épaules des géants
Le philosophe Bernard de Chartres est celui qui a dit dans les années 1120: «Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu'eux, non parce que notre vue est plus aigüe ou notre taille plus haute, mais parce qu'ils nous portent en l'air et nous élèvent de toute leur hauteur.»

Selon l'auteur, même les mentors d'aujourd'hui, les professeurs d'université, ont abdiqué et ne font plus valoir auprès de leurs étudiants la valeur de l'expertise, de l'expérience, des connaissances traditionnelles. On ne voudrait surtout pas décourager les jeunes avec la notion du laborieux apprentissage sur lequel s'appuie cette expertise. On a tellement acheté le discours de l'estime de soi et de l'expression individuelle qu'on a négligé de faire valoir les bienfaits de la connaissance en soi, en permettant aux jeunes de ne focusser que sur la connaissance de soi.

Avez-vous déjà remarqué que nos enfants n'ont somme toute jamais l'occasion d'apprécier le niveau d'expertise des professeurs qui dirigent les cours qu'on leur offre? Une fillette peut faire quatre ans de violon sans n'avoir jamais entendu sa prof s'attaquer à une sonate classique digne de ce nom. Les bambins qui suivent les cours de karaté ne savent pas de quoi est capable leur enseignant détenteur d'une ceinture noire. Les petits sportifs ne voient jamais leur entraîneur se donner à fond sur le terrain. Autant d'occasions manquées de leur montrer à quoi ils peuvent aspirer, à quoi sert de mûrir.

La maturité est en partie motivée par les modèles qui nous arrivent d'en haut, par nos contacts avec les personnes plus âgées que nous: les enseignants, les employeurs, les oncles et tantes, les grands frères ainsi que les parents. Quand les opportunités de modélisation verticales s'offrent, elles permettent aux jeunes de mettre leurs «grandes» préoccupations en perspective.

Sortir de sa zone de confort
Quand on passe trop de temps dans un milieu homogène, on évite peut-être le désagrément d'avoir à affronter des gens dont le comportement nous irrite, mais on se prive aussi d'une des conditions primordiales pour apprendre: l'opportunité d'entendre la version des autres.

Les jeunes ont besoin d'une retraite de leur monde d'ado afin d'être exposés à autre chose. Ils ne peuvent le faire seuls, ils ont besoin de l'aide des adultes. Et ceci constitue le cri de ralliement de Mark Bauerlein: il est du devoir de tous les plus de 30 ans d'arrêter de faire de notre monde un univers tourné exclusivement vers les enfants et ce qui les intéresse.

Je n'irais pas aussi loin que l'auteur qui dit qu'il est temps qu'on explique aux jeunes que l'adolescence n'est qu'un état inférieur fait de petits défis sans comparaison avec la vraie vie qui se déroule sur la place publique, politique et historique. (Son but avoué n'est ni plus ni moins que celui de sauver la démocracie qui s'appuie sur la connaissance.)

Je préfère focusser sur de plus petites réussites en faisant de temps en temps sortir mes enfants de leur petit univers afin d'élargir leurs horizons. En tant qu'auteure d'un guide sur les sorties en famille, j'ai d'ailleurs noté que mes enfants n'abordaient généralement pas de gaîté de coeur les sorties inconnues que je leur imposais. Au début, je puisais dans des raisons pécunières le courage de leur forcer la main (c'est pour le guide). Mais éventuellement, je le faisais sans regret parce que j'avais observé qu'ils finissaient toujours par se laisser porter par le plaisir de découvrir quelque chose de nouveau.

Personne n'a dit son dernier mot
Il est vrai que les jeunes n'ont jamais été aussi conscients les uns des autres et en perpétuel contact. Il est aussi vrai que ces jeunes semblent entièrement tournés sur eux-mêmes. Cependant, ne dit-on pas que l'adolescence se termine maintenant à 26 ans? (En 2005, 20% des Américains de 26 ans vivaient chez leurs parents, contre 11% en 1970.)

La génération du millénaire a présentement entre 10 ans et 30 ans. La majorité d'eux n'a donc pas encore atteint l'âge adulte (nouvellement redéfinie comme 27 ans et plus). Est-il si naïf d'imaginer que cela risque de donner des résultats intéressants pour la société, quand ils commenceront inévitablement à être préoccupés par des sujets plus matures?

Puis, il ne faut pas oublier la pression des Baby Boomers qui fait ralentir le momentum de la glorification de la jeunesse insouciante ayant déterminé notre société depuis les années 60. Ils sont plus en forme physiquement et financièrement que les générations précédentes au même âge. Ils ont bien vécu leur «trip hédoniste» et sont maintenant à l'étape de leur vie où ils ont envie de redonner à la société.

Avec un tel programme, il se pourrait que les jeunes aient enfin envie de prendre leurs aînés comme modèle.

Autres revues de livres pour tenter de comprendre notre société:

Friday, April 12, 2013

Hello, I'm Special, du Torontois Hal Niedzviecki

Tout le monde le fait!
(Je rapatrie ici un article que j'ai publié en 2011 dans mon ancien blog On arrive-tu)

Pour bien des jeunes, un tatou est un acte un peu rebelle qu'ils cacheront quelque temps à leurs parents mais surtout, qui les marquera de façon unique. Cependant, il n'y a qu'à faire un petit tour sur les plages pour voir tous ces jeunes qui arborent leur «marque unique». (Vous avez remarqué le nombre de tatoués lors de la coupe mondiale de soccer?) Comment expliquer que l'ironie de la situation semble leur échapper? «Parce que l'individualité est le nouveau conformisme», nous explique le Torontois Hal Niedzviecki dans son livre Hello, I'm Special.

Mes ados ne sont pas intéressés par les tatouages pour la seule raison qu'ils semblent avoir hérité de mon gène de la poule mouillée. Mais je connais plusieurs parents qui sont à bout d'arguments pour dissuader leurs jeunes de se faire tatouer dès qu'ils atteindront l'âge légal de 18 ans. Pour ces parents, un tatouage est le stigmate marginal des mauvaises graines.

Je me souviens avoir référé une de mes amies aux bandes dessinées de Zits de Jim Borgman et Jerry Scott. (Les histoires de cet ado convaincront tous les parents que leur ado est tout à fait normal.)

C'est pas ça!
Le moment déclencheur ayant poussé l'auteur à écrire Hello, I'm Special  pour nous démontrer que ce n'est pas le cas est hilarant.

Pour ses 30 ans, ses parents lui ont donné une carte Hallmark affichant la photo d'une foule maussade d'hommes vêtus de complets gris avec chapeaux et imperméables, accompagnée du message «Conformité: au fier service des gens massivement ennuyants depuis le début des temps». À l'intérieur, on y lisait: «Joyeux anniversaire à un non-conformiste».

Pour ses 31 ans, ils étaient tout fiers d'avoir dégoté une autre carte tout aussi pertinente pour leur grand garçon. On y voyait cette fois-ci la peinture d'un paysage aux arbres bleus et au soleil mauve sur laquelle on pouvait lire: «Le réel défi est de savoir rester toi-même dans un monde qui cherche à te rendre pareil aux autres». «Joyeux anniversaire, t'es unique en ton genre!»

Unique en son genre
Ce fut une révélation pour Niedzviecki. On produisait maintenant en masse des cartes pour célébrer les non-conformistes. Sa forme de rébellion était sanctionnée par Hallmark! Tout un choc pour un gars qui s'était toujours défini comme un libre-penseur qui remet en question les idées préconçues.

À mes yeux, Hello I'm Special, publié en 2004, est justement la réaction d'un jeune auteur sous le choc, qui se remet peu à peu de ses émotions en essayant de mieux comprendre comment il s'est laissé prendre au jeu égotique de se croire si unique. À en juger les critiques négatives de son livre sur amazon.com, de nombreux lecteurs n'en ont pas fait la même lecture que moi. Je soupçonne que la majorité d'entre eux ne sont pas des parents témoins de l'impact de la culture pop (et les illusions qu'elle véhicule) sur leurs ados.

Canadian Idol
Le message de la culture pop est toujours celui du triomphe de la personne ordinaire qui, en suivant sa passion et contre toutes les attentes, bat le système à son propre jeu et réussit, tout en conservant ce côté simple qui laisse croire que «ça-pourrait-m'arriver-à-moi-aussi».

Il y a: les rappeurs (et tous leurs vidéos saturés de voitures de luxe, filles glam, argent et bijoux), toute l'écurie d'émissions du genre Disney (avec les personnages principaux qui ont moins d'argent que les autres, qui sont moins beaux, qui sont trop intelligents pour être cools), la très populaire série Glee; le genre d'invités privilégiés dans les «talk shows» avec leur combo célébrité suivi de la madame-tout-le-monde-qui-a-créé-une-fondation-pour (mettre ici la cause de votre choix), les «shows réalité» (dans lesquels les gens font semblant d'oublier la présence de la caméra tout en nous présentant leur meilleur profil), l'incontournable Justin Bieber (plus ils sont jeunes et plus ça fait rêver... ou pleurer, selon notre âge), etc.

L'auteur est allé au coeur même de la culture pop: dans la file d'attente des 10 000 participants âgés de 16 à 26 ans lors des auditions régionales de Canadian Idol à Toronto en 2003.

Peu importe l'âge, l'ethnie ou de quelle partie de l'Ontario ils arrivaient, tous les jeunes aspirants qu'il a interviewés lui disaient la même chose. Ils croyaient avoir une bonne chance d'être sélectionnés; ils avaient tout ce qu'il faut pour devenir célèbre.

Comment pensaient-ils se distinguer des 10 000 autres dans la compétiton?, leur demandait le journaliste. Par le fait qu'ils veulent réussir plus que les autres et parce que c'est leur réelle passion et leur rêve de toujours.

Avez-vous déjà eu l'occasion de voir les pires auditions de ce genre d'émissions qui se donnent pour mission de créer des stars? Je vous engage à googler les pires auditions de Star Académie pour vous faire une idée de la mort de l'auto-critique. C'est tout simplement mortifiant!

Puis, afin de vous convaincre que le phénomène englobe la planète, googlez worst american idols auditionsworst dutch auditionsworst greek auditionsworst bulgarian auditionsworst australian auditionsworst vietnam auditions (liens trouvés en moins de 5 minutes de recherche sur l'Internet).

Vivre à fond
Je faisais récemment la critique du livre The Dumbest Generation dans lequel l'auteur se désole du fait que, de façon générale, les jeunes de 30 ans ou moins se sont refermés sur eux-mêmes et ne sont pas intéressés à participer aux grands débats publics. Dans Hello, I'm Special, j'ai trouvé une hypothèse réellement satisfaisante pour expliquer leur désintéressement pour les grandes questions et leur engouement pour tous ces phénomènes sociaux ayant redéfini les moins de 30 ans dans les dix dernières années.

Tous ces jeunes qui participent à l'ensemble de ce que la culture pop interactive a à leur offrir (Facebook, Twitter, blogues, YouTube, émissions pour fabriquer des stars et télé-réalité), cherchent la liberté. Ils veulent être libérés de la monotonie de l'école, de la famille, du travail, du quotidien.
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Nous sommes inondés par une culture pop qui insiste pour que l'on saisisse le «moment présent» afin d'en extraire toute la satisfaction possible (lire tout le potentiel narratif possible). Et les célébrités semblent évidemment capables plus que tous les autres de presser le citron de cette vie, d'où la fascination qu'ils exercent sur la masse.

Bref, nous devenons de plus en plus frustrés par les aléas du quotidien. Plus notre quotidien semble petit et morne comparé à tout ce que la pop culture nous dit qu'il pourrait être, plus on demande à la culture pop de nous trouver des moyens pour «expérimenter la vie à fond».

Peu d'élus, et les autres?
Malgré le message que «tout le monde peut s'il le veut», il y a peu d'élus dans le camp des riches et célèbres qui seront «libérés» des contraintes du quotidien. Il faut pourtant un exutoire pour tous ces jeunes aspirant à leur part du gâteau: la reconnaissance par le plus grand nombre possible des autres. (Faisons ici une parenthèse pour avouer que nous, les parents, avons particulièrement bien préparé le terrain. À toujours tout arrêter ce qu'on fait pour être témoins de leurs petites réussites, on leur a donné soif d'un public.)

Voilà Facebook qui offre la tribune parfaite pour démontrer notre popularité (combien d'amis avez-vous?) et pour afficher à quel point on sait s'amuser et on mène la grande vie. Sans cesse, on peut performer, se réinventer. Lancé en 2004, ce réseautage social compte maintenant 500 millions d'usagers. (Bientôt, sur un écran près de chez vous, le film The Social Network relatant l'histoire de la création de Facebook par un étudiant de Harvard.)

YouTube a été créé en 2005 et acheté par Google en 2006. Tout le monde peut maintenant passer à l'écran grâce à ce réseau, où la valeur de notre présence est évaluée non en terme de la qualité de ce que l'on diffuse mais en fonction du nombre de visiteurs (mesure de notre célébrité).

Version améliorée?
Au début, c'était libérateur et excitant, mais un message pernicieux a tranquillement pris racine: obtenez une version améliorée de vous-même avec un peu de fignolage. Vous voyez? L'idée ici n'est pas de s'améliorer pour acquérir un niveau d'excellence afin d'avoir plus de choses intéressantes à raconter. Il s'agit plutôt de réinventer son histoire jusqu'à ce qu'elle projette de nous une image unique. Ainsi nait l'impression qu'on n'existe que si l'on se raconte.

Dans un article publié l'an dernier dans le Globe and Mail, My online wall of shame, on parlait du phénomène des gens de plus de vingt ans qui, frustrés d'avoir manqué une si bonne occasion de diffusion dans leur jeunesse (publier ses états d'âme sur sa page Facebook), se sont mis à scanner le journal intime de leur enfance pour le publier sur Facebook. «À quoi bon avoir un journal intime s'il n'y a pas de public?», demandent-ils.

Quel paradoxe, tout de même! D'un côté, cette société dans laquelle l'individualité en est venue à réduire ses réflexions à la simple question: «Qu'est-ce qu'il y a là-dedans pour moi?» De l'autre, ces individus pour lesquels la forme d'expression par excellence de l'auto-réflexion qu'est le journal intime n'a aucune valeur s'il est confiné à un usage personnel.

Pas de remise en question
L'auteur de The Dumbest Generation s'inquiétait pour l'avenir de la démocratie. Si les jeunes ne prennent plus le temps d'approfondir leur connaissance en histoire, politique, géographie, philosophie, comment seront-ils capable de décider de la marche à suivre pour des sujets sérieux tel l'acceptation ou non du niqab dans notre société?

De son côté, Niedzviecki est perturbé par le fait que les jeunes sont si occupés à se demander comment faire pour entrer dans le système pour bénéficier de tous les avantages promus par la culture pop (persuadés à tort qu'ils leur sont facilement accessibles) qu'ils ne pensent même plus à remettre le système en question.

À force de se faire dire que tout est possible, on finit par tout ramener à la notion simpliste que si je ne réussis pas, c'est parce que je n'ai pas eu assez confiance en moi. C'est de ma faute. On ne remet jamais en question le contexte. (Chez la majorité des participants aux auditions de Canadian Idol, on oublie aussi de remettre en question le peu de temps consacré à développer la maîtrise de son art!)

Des livres tels Les Prodiges (version française du titre Outliers: The Story of Success du Canadien Malcom Gladwell) cherchent justement à nous rappeler qu'on ne vit pas en vase clos. Gladwell donne quelques exemples du regard critique sur le système qu'on devrait jeter afin de changer notre société pour le mieux.

Un peu tôt pour les conclusions
L'auteur conclut son livre en déplorant le fait que la transformation qu'il anticipait n'a pas eu lieu: l'émergence de la créativité dans le quotidien grâce à l'individualisme de notre société.

Personnellement, je crois qu'il est un peu tôt pour sauter aux conclusions. Grâce à l'Internet, la démocratisation des moyens de communication, de production et de diffusion n'arrête pas d'avancer depuis 2004, quand Hello, I'm Special est paru en magasins. On peut déjà publier un livre, faire un film, retoucher des photos, créer une pièce musicale avec un orchestre numérique, et mettre tout ça en ligne.

Nous n'en sommes qu'aux balbutiements.

Autres blogues pour essayer de comprendre notre société:
Drive , de Daniel Pink
The Dumbest Generation, de Mark Bauerlein

Tuesday, April 9, 2013

Giant Storybook Project et Pinterest


Marketing sur Pinterest

Dans mes deux blogues sur Pinterest (que j’expliquais à ma mère), je voulais vous encourager à utiliser cet outil amusant comme passe-temps. Mais ma raison première de m’intéresser à Pinterest est son potentiel marketing. 

La plate-forme Pinterest est élégante, facile d’utilisation et gratuite. C’est aussi une excellente façon pour les artistes visuels et les auteurs de se promouvoir, ce que font lesartistes derrière The Giant Storybook ProjectAllez voir leur page pinterest.com/GiantStorybook

Si c’est assez cool pour eux, c’est assez cool pour nous! 

Vous n’avez pas encore de compte sur Pinterest? Allez voir mes deux blogues sur le sujet:

Monday, April 8, 2013

Les conférences TED alimentent les passions!



TED: Un site de rencontre qui alimente les passions

Mais non, pas ce genre de site de rencontre! Il est ici question de la rencontre des idées. TED est un site conçu pour diffuser les idées qui méritent d’être partagées. On y offre gratuitement plus de 1,400 conférences innovatrices en ligne, dont plus de 1,350 sous-titrées en français. 

Comment trouver sa passion?, demande la majorité d’entre nous. Larry Smith, le professeur d’économie faussement sévère de l’Université de Waterloo, explique qu’il faut parfois explorer vingt intérêts pour trouver une passion qui s’empare de nous (dans sa conférence Pourquoi vous échouerez dans votre recherche d’une grande carrière diffusée sur TED.com).

Puisqu’il faut sortir de son train-train habituel afin de s’exposer à autant de nouvelles sources d’intérêt, rien de mieux que le concept de TED pour tâter le terrain. 

Vous avez vingt minutes?
Pour qui n’a pas le temps de lire un livre, consacrer une 20e de minutes à l’écoute du clip dynamique d’un speaker passionné (à l’heure du lunch par exemple) est une alternative séduisante.

















La page d’accueil de ted.com (en anglais seulement), permet de trouver une conférence intéressante soit en choisissant un classement specifique: “most viewed”, “most comments”, “newest”, “rated jaw-dropping”, etc, soit en focussant sur un sujet: “technology, entertainment, design” (les trois sujets derrière l’acronyme TED) ou encore “business, science, global issues”.

On peut aussi explorer leur catalogue de conférences sous Talks (dans le menu en haut de page) pour accéder par exemple à leur section “View all tags”, classant les conférences sous plus de 250 mots clé. 

Traduction libre
La plateforme TED.com permet à qui le veut de traduire les conférences en ajoutant des sous-titres à même l’écran. 

Plus de 90% des conférences ont trouvé quelqu’un pour les traduire gratuitement vers le français. Plusieurs d’entre elles sont traduites en plus de 25 langues. Ce qui donne raison à Daniel Pink (un autre speaker de TED) qui voit les nouvelles motivations de notre société à l’oeuvre dans la participation libre, non-rémunérée et anonyme qui a formé Wikipedia.

En sélectionnant une conférence, vous trouverez la liste des langues dans lesquel elle a été traduite en passant votre curseur dans le bas du clip.


Mes coups de coeur
Les deux conférences éclairées Écouter la honte et Le pouvoir de la vulnérabilité étaient parmi celles dont le lien a été le plus partagé cette semaine.

Ces conférences de Brené Brown (doctorat en Sciences Sociales et chercheur à l’Université de Houston) m’ont menée à son livre Daring Greatly. J’y ai découvert des recherches démontrant que notre vulnérabilité , mère de la crétivité et de l’innovation, est un outil extraordinaire dont on se prive par manque de compréhension, la voyant comme une faiblesse honteuse.

Un des points forts du livre de Brené (le sujet d’une autre chronique en soi) est que la peur qui se cache derrière tout sentiment de honte se résume toujours par une crainte du rejet, de perdre notre connexion avec les autres.

Besoin de connexion
Or justement, mes deux autres coups de coeur sont issus de ce désir de connexion que l’Internet semble maintenant permettre de mener à une autre niveau.

Sugata Mitra est récipiendaire du TEDPrize 2013 auquel était attaché la somme d’un million de dollars (réservé à la réalisation du projet le plus fascinant présenté par un conférencier TED). Le rêve de ce prof de programmation (basé sur des resultats fascinants générés dans le fond de villages en Inde): créer une “École dans le Cloud”, une infrastructure qui permettrait aux enfants du monde entier de s’auto-instruire, facilités par l’accès à des ordinateurs et des témoins sur Skype offrant le moins d’interaction possible tout en saluant le processus de l’apprentissage. Enfants et aidants du monde entier, connectés grâce à un réseau virtuel.

Sa conférence sur TED m’a menée vers son outil SOLE mis gratuitement à la disposition de tous pour essayer un modèle qui permet de lancer de grandes questions aux enfants pour les faire réfléchir et chercher les réponses possibles.

Sur une note moins sérieuse mais tout aussi élégante: la chorale virtuelle d’Eric Whitacre (qu'on voit en action sur la scène de TED, dirigeant une chorale incluant 30 chanteurs live sur Skype). C’est grâce à TED que j’ai découvert le compositeur et chef d’orchestre dont l’oeuvre Water Night a impliqué la compilation de vidéos de 3746 chanteurs de 73 pays (incluant 268 Canadiens) ayant enregistré leur portion de l’oeuvre dans l’intimité de leur maison.

Bon à savoir sur TED
Les conférences TED sont devenues annuelles en 1990 en Californie. Elles sont depuis 1996 la propriété de Sapling Foundation, une fondation privée à but non lucratif fondée par Chris Anderson (alors à la tête de Future Publishing, sa compagnie produisant 130 magazines et employant 1500 personnes).

Sous sa tutelle, TED.com a vu le jour en 2006, facilitant la diffusion des meilleurs conférences TED qui, depuis, ont généré plus d’un milliard de visionnement.

Les deux conférences annuelles, l’une ayant lieu au printemps dans l’ouest nord-américain (à Vancouver dès 2014) et l’autre en été à Edimbourg (Écosse) durent chacune quatre jours, comprennent 50 speakers vus en même temps par un auditoire de 1,500 personnes (des gens ayant soumis un essai pour avoir le privilège d’assister à l’événement moyennant $7,500!).

Le but de l’organisme est de faciliter la rencontre du groupe le plus diversifié d’innovateurs pouvant faire circuler et se réaliser les idées de demain. Accroitre le nombre d’auditeurs irait à contre-sens de cet objectif.

Les profits de ces conférences sont redistribués pour alimenter les autres projets de TED (TEDFellows, TEDPrize et surtout la gestion du site web permettant une diffusion plus large). 

TED octroit aussi des licenses gratuites à plus de 5,000 événements TEDx à travers le monde désirant utiliser le format des conférences TED pour diffuser les idées passionnantes et, mieux encore, en faciliter la réalisation.

C'est pas tout de parler, il faut aussi passer à l'action.

Friday, March 8, 2013

Le "making of" de Toronto Urban Strolls 2

Partie pour mieux revenir (c'est pour une bonne cause)

Je n'ai pas fait de chroniques Passions: 100 façons dans L'Express ces dernières semaines parce que trop prise dans le sprint final de la conception de mon nouveau guide Toronto Urban Strolls... for girlfriends 2.















Vous pouvez suivre l'évolution du projet dans la section The making of the mon blog (en anglais seulement, désolée). J'y ai mis plusieurs photos de l'évolution de la page couverture. Et j'en ajouterai encore dans les jours qui suivront.