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Tuesday, January 8, 2013

The Giant Storybook Project à Toronto

Une nouvelle page pour le monde de l’édition

La splendide murale apparue sur un mur de Leslieville en octobre dernier fait partie d'un projet vraiment intéressant: The Giant Storybook Project, que vous pouvez suivre sur Facebook, Tumblr... et Pinterest.

À un coin de rue de chez moi, sur la rue Dundas (juste à l’est de Logan, côté sud), nous est apparu une murale superbe et immense, un vrai cadeau du ciel dans ce coin oublié du quartier. 

(En passant, si ça vous chante de venir voir ça, vous pourrez profiter du café Red Rocket qui a ouvert ses portes cet été au coin de Logan et Dundas. De leur terrasse extérieure ornée de bacs de bouleaux, on peut admirer la grande murale. Ils servent snacks, sandwichs et boissons chaudes, dont un chocolat chaud orné d’un gummy worm.) 
(Note du 1er mai 2013: Le Red Rocket a malheureusement fermé ses portes en avril 2013! Souhaitons qu'un autre café le remplace bientôt! En attendant, il y a plusieurs cafés sur la rue Queen avoisinante.)


Herakut à Toronto
En fouillant un peu, j’ai découvert qu’il s’agissait de l’oeuvre d’un duo d’artistes allemands de calibre international se présentant sous le seul nom d’Herakut. Hera (Jasmin Siddiqui) et Akut (Falk Lehmann), se sont rencontrés en 2004 lors d’un festival international de graffiti où ils étaient tous deux artistes invités. 

Il se trouve que cette murale est la cinquième d’une série entamée en septembre 2012 et qui devrait se poursuivre jusqu’à la fin 2013. La première murale du Giant Storybook Project a été faite à New York, la seconde à Lexington au Kentucky, la troisième à Eresing en Allemagne et la 4e à Montréal (au coin de Mont-Royal et l’avenue Papineau). Depuis, ils en ont fait d’autres à Rochester, San Francisco et Miami. 






















Il est fascinant de suivre leur aventure sur facebook.com/The GiantStorybookProjectAu début novembre, ils avaient quelques dizaines de “likes” sur leur page Facebook. Hier, quand j’ai commencé à rédiger ce blogue, ils en avaient 3,950 (qui étaient passés à 3,970 quand je l’ai mis en ligne aujourd'hui).

Dans mes livres à moi
Si les personnages de la mural semblent sortis d’un merveilleux conte illustré, c’est parce qu’ils y figureront éventuellement. 

Le duo rêvait de créer un conte pour enfant. Puis le projet se serait concrétisé quand Herakut s’est retrouvé dans la cour arrière de Jim Carey, à réaliser une murale commissionnée par l’acteur tout en “brainstormant” avec lui.

Herakut publiera éventuellement un roman illustré (graphic novel) mettant en vedette les deux géants Lily et Jay. Le livre sera composé d’images issues d’un traitement numérique des photos de leurs murales.

Quand j’ai googlé “The Giant Storybook Project”, on comptait 81,800 liens sur le projet. Dans mes livres à moi, on ne fait pas mieux comme publicité pour appuyer les pré-ventes!

En plus, sur leur page Facebook, ils ont annoncé une vente de tirages limitées de leurs illustrations pour financer le projet. Ça va bien leurs affaires. Leur série de 15 grandes impressions enjolivées à la main se vendait $850. Leur série de 25 petites impressions était listée à $250. Elles ont toutes été vendues.

Ça prend un village
Les impressions étaient disponibles chez Paper Tiger, le magasin en ligne de la maison d’édition LeBasse basée à Los Angeles (qui sera fort probablement responsable de l’édition du projet). Les artistes ont donc fait une entente avec une maison d’édition avant de s’embarquer dans leur aventure rocambolesque.

Parmi les premiers liens apparaissant quand on cherche le Storybook Projet en ligne se trouve le Montana Blog, incidemment un gros fournisseur de marqueurs et peintures en aérosol. On peut facilement en déduire que le duo s’est sécurisé un approvisionnement gratuit chez Montana (ou qu’il devraient le faire à partir de maintenant).

Sur la page Facebook d’Herakut, on remarque de très belles photos. Des liens nous révèlent qu’il s’agit du photographe Jason Kaczorowski de Chicago. Encore un bel échange de visibilité.

Connection
La beauté des média sociaux est bien illustrée dans ce cas-ci. Grâce à sa page Facebook, sur laquelle tout le monde peut laisser un commentaire, Herakut m’a permis de connaître de fantastiques magazines en ligne à l’affût de tout ce qui se fait d’original en art tel: arrestedmotion.com, offtoseetheelephant.com et le blogue de hangupurban.com.

J’y ai aussi découvert le site torontois wellandgood.ca (lequel arbore en entête une photo des pingoins de Pascal Paquette) sur lequel on trouve un blogue (11 octobre 2012comportant une série dynamique de photos de la murale de Toronto en chantier.

Il y a un clip montrant la création de la murale en accéléré qui circule, fait par Martin Hawkes (un cinéaste qui a réalisé trois films répertoriés sur le site imdb.com, dont un film sur Rush, le plus grand groupe rock canadien).







Sunday, November 11, 2012

Pascal Paquette: graffiteur

Mur-à-mur
Des tags hideux sur la boîte aux lettres de mon quartier à la superbe explosion de couleurs du graffiteur Pascal Paquette exposée à la Galerie Glendon (prolongée jusqu'au dimanche 9 décembre), il y a un monde. 
Le monde des graffiti. 

Je parlais dans mon article Belle talle d’art public de la murale Suitman ornant un viaduct juste à l’ouest de l’avenue Lansdowne. 

Cette oeuvre de Joel Richardson, d’abord commissionnée par la Ville de Toronto, a été effacée par l’administration Ford dans sa guerre contre les graffiti... pour ensuite être refaite, quand l’artiste a obtenu de la Ville la permission de l’exécuter à nouveau. Manifestement, la confusion reigne quand à l’interprétation de ce qui constitue l’art ou le vandalisme quand il est question de graffiti. 

J’ai donc pensé qu’il serait approprié de demander à Pascal Paquette, rencontré par L'Express il y a deux semaines, de m’aider à comprendre les dessous de cet art qui couvre les murs de ma ville.

Tag!
Il existe une sorte de code de conduite auquel la majorité des graffiteurs tentent d’adhérer. En principe, on ne peint ni sur les lieux religieux, ni sur les écoles ni sur les maisons privées. 

Puis, on ne peint par dessus la création d’un collègue qu’avec une oeuvre demandant une maîtrise supérieure de l’art du graffiti.

Le tag, signature peinte en une couleur, est la forme la plus simple du graffiti, le b.a.-ba de l’art. Par dessus un tag, on peut dessiner un “throw-up” (les grosses lettres en bulles) plus demandant techniquement. Celui-ci pourra être supplanté par une “piece” (une mini murale qu’on retrouve avec d’autres pieces sur un mur). Une production, que le grand public considère comme une vraie murale, a le droit de tout  recouvrir. (Les productions sont habituellement l’oeuvre des “kings” graffiteurs, reconnus comme des maîtres dans leur communauté.)

Tout au long de son évolution, l’artiste conserve sa signature. Par exemple, même s’il est maintenant exposé dans les galeries, Pascal Paquette admet qu’il continue de laisser des tags dans la ville. 

Le “branding” étant vraiment à la mode dans la société d’aujourd’hui, on comprend la motivation derrière cette pratique. Mais pour un graffiteur exposant légalement en galerie, les enjeux sont autres: il s’agit de signifier aux autres artistes, par ces actes illégaux, qu’il est encore “dans la game”.

C’est du sport
Pascal fait souvent référence au “sport” du graffiti. On ne parle pas ici que de la difficulté physique d’exécuter une oeuvre à la bombonne, à moitié suspendu à partir du toit pour couvrir le mur d’un troisième étage. Pensez plutôt au rush d’adrénaline quand un artiste réalise qu’un hélicoptère de la Police de Toronto tourne au dessus de sa tête pendant qu’il peint sur les murets le long des voies ferrées. Imaginez les plongeons sous des camions pour éviter les autorités; les sauts de 15 pieds et les courses folles pour s’enfuir là où les voitures ne peuvent suivre...  

Les graffiteurs dessinant sur les lieux publics sont passibles de quatre chefs d’accusation: empiétement sur la propriété privée, méfaits, vandalisme, résistance aux policiers. Dans ce sens, l’emplacement illégal du graffiti est une partie importante de l’art.

Le temps requis d’exécution ajoute également au risque. C’est pourquoi des graffiteurs chevronnés se sont mis à utiliser des stencils pour aller plus vite. Banksy est probablement le graffiteur le plus connu (et le plus controversé dans les deux camps, chez le grand public autant que parmi la communauté des graffiteurs).

Les puristes disent que Banksy “triche” en courant moins de risque sur le terrain. Peut-être, mais je suis bien contente qu’il ait trouvé une façon plus sûre de réaliser ses oeuvres sans interruption. La lecture du blogue 80+ beautiful street crimes done by Banksy sur le site boredpanda.com m’a convaincue du génie de cet artiste pour insuffler de la vie dans les espace publics. Sous ses mains habiles, les histoires jaillissent des fissures dans les murs et des craques sur le sol. 

C’est d’ailleurs par le stencil que Pascal Paquette s’est fait connaitre dans la communauté des graffiteurs. Ayant eu vent qu’un inspecteur, Heinz Kuck, montait des dossiers sur les graffiteurs de Toronto pour éventuellement “irradier” les graffiti, l’artiste s’est mis à peindre le nom de Heinz Kuck au stencil dans toute la ville. Un peu comme si Kuck lui-même laissait des tags un peu partout. 

Un “sellout”?
Pour les besoins de l’exposition, Pascal Paquette a dessiné (dans son studio) ses grandes pièces sur du canevas, qu’il a ensuite montées sur les murs de la galerie Glendon avec une série de petites toiles peintes liant le tout en courtepointe.

Quand un graffiti sort de la rue pour se retrouver dans un espace légal comme la galerie Glendon, perd-il son sens? Certainement pas, affirmera Pascal Paquette (qui s’est amusé à imprimer des T-shirt arborant le mot “Sellout” qu’il a intégré dans son exposition).

Au delà de la bravade, il y a la maîtrise d’un art: la technique du style, l’agencement des couleurs, la qualité du dessin et l’intelligence du message. (Ce n’est pas par hasard que le noir des pingoins de Pascal dégouline sur leur fourrure blanche: il semblerait que les pingoins d’aujour’dhui sont de plus en plus noirs, pour mieux se camoufler dans un environnement de moins en moins enneigé.)

Les graffiti, quand ils s’éclatent, habillent les coins les plus laids de la grisaille urbaine et font réfléchir, souvent avec humour. Pas étonnant que le grand public se soit développé un goût pour un peu plus de ce bouillonnement coloré dans le quotidien. (J’étais récemment en meeting dans les beaux locaux de Corus Entertainment, dans une salle de réunion arborant une large “piece” de graffiti et un plein mur noir sur lequel on pouvait s’éclater avec des craies.)







Prochaine étape?
Tandis que certains s’accrochent à une définition puriste de cet art et consacrent leur temps à pointer du doigt ceux qui ont “vendu leur âme” en faisant sortir les graffiti de la rue, d’autres sont occupés à le faire évoluer.

On voit maintenant des artistes faire du “reverse graffiti”, où le torchon remplace les bombonnes pour laisser un dessin dans la crasse des murs, et des graffiti au laser, permettant d’écrire sur un pan de mur complet sans grimper. (On ne peut plus accuser les graffiteurs de vandalisme...)

Et les accros de l’adrénaline n’ont pas dit leur dernier mot. Vous avez entendu parler du “roof topping”? Les photographes adeptes de cette dernière tendance se faufilent illégalement dans les gratte-ciels, vêtus d’habits de la construction ou d’agents de sécurité, pour aller prendre des photos uniques du toit des édifices.  

Exposition du graffiteur Pascal Paquette
Où: Galerie Glendon, 2275 Bayview Avenue (au fond du campus)
Quand: Jusqu’au 9 décembre, du mardi au vendredi de midi à 15h et le samedi de 13h à 16h. Exceptionnellement également le dimanche 9 decembre de 13h à 16h.