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Saturday, February 20, 2016

Une société où je veux vivre...


En lisant le billet accompagné de cette image (probablement du photographe Jean-Claude Hittelet), affiché sur la page Facebook de Sapeur-Pompier, Une passion), j'ai pensé à mon amie dont le fils de 18 ans veut devenir pompier depuis des années. 


À sa graduation du secondaire, des enseignants annonçaient ce que les jeunes voulaient faire après. Quand l'enseignante a spécifié que son garçon s'en allait à l'université dans une branche de Science Santé, mon amie a eu le choc de l'entendre ajouter un commentaire dans l'esprit de "il a beaucoup muri cette année et sa lubie d'être pompier lui est passée". Petits rires entendus dans la salle...

Or les pompiers sont habituellement acceptés en formation à 21 ans et on leur recommande d'aller faire un bac avant, ce que le fils de mon ami fera avant de postuler pour... devenir pompier. L'enseignante a réussi à dénigrer à la fois la passion de ce jeune homme, et le corps de métier que tout le monde encensait au lendemain de 9/11.



Hiérarchie les professions?
J'ai horreur de cette hiérarchisation des métiers/professions dans la tête des gens. Et de cette croyance qu'un compliment qui veut flatter au détriment des autres a une quelconque valeur. 

Le CEO d'une compagnie n'est pas plus important que l'infirmière qui prend si bien soin de nos vieux parents. L'artiste populaire n'est pas plus de valeur que le conducteur d'autobus souriant qui lance la journée du bon pied pour les enfants qu'il mène à l'école.

Quand nous faisons bien notre travail, nous contribuons tous à créer une société où je veux vivre.



Saturday, April 4, 2015

Kids or no kids: A debate that goes beyond parenting

The reality of choice
Perfect layout in today's Globe for Nathalie Atkinson's review of the book Selfish, Shallow, and Self-Absorbed: Sixteen Writers on the Decision Not to Have Kids!

I loved the columnist's insight showing that what's at hand here goes beyond the kids-no kids debate. It's about the reality of living with ANY choice.

I had bought into the analysis of the feminists from the 70s that the media had created a "mommy war". Now, it appears that a more pernicious thing was created: the "fantasy that it's possible to live without regrets", which leads us to assume that if I have any regrets, it must be because I made the wrong choice. As if anything in life was that clear-cut! 


Maybe this explains why choosing always seemed excruciating to my young daughter. We never acknowledged that it was normal to feel a pang of pain (have some small regrets) when choosing a Beenie Baby over another. The fact is that no "better" choice could avoid her that pain... 

Food for thoughts.

Thursday, September 4, 2014

Belle à tout âge? s'interroge Sophie Banford.

La Sophie de 43 ans écrit à la Sophie de 15 ans

Après la lecture de cet article de Sophie Banford dans Chatelaine. Imaginez la lettre que la femme que vous serez dans 20 ans aimerait que vous lisiez maintenant.

C'est ce que j'ai fait pour chasser mon envie de pleurer sur la façon dont je me suis flouée dans le passé. Il est encore temps d'ajuster le tir pour profiter des leçons, sinon, on en sera au même point dans 20 ans... 

Friday, May 10, 2013

Les parents hélicoptères

Vous en êtes ou pas?
L'été arrive à grand pas pour les parents qui n'ont pas encore décidé comment ils occuperont leurs enfants durant les vacances estivales. Et pour la plupart, c'est paniquant.  


Je rapatrie ici un article que j'ai publié dans L'Express et dans mon blogue On arrive-tu maintenant inactif qui vous mettra sur la piste pour comprendre d'où vient ce sentiment de panique. 

Le long article qui suit est celui qui a été le plus populaire sur mon blogue (auquel je n'ai rien ajouté depuis deux ans). De nombreux parents continuent de le retrouver sur internet. Vous n'êtes pas seuls à être préoccupés par ce sujet. 

Bonne lecture!

Nathalie Prézeau
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Quand faut-il arrêter?
On dit des parents hélicoptères qu'ils sont continuellement en train de planer au dessus de leurs enfants. De haut, ils voient loin et grand pour leurs rejetons. Dans le meilleur des cas, ils sont très engagés dans la vie scolaire, très près de leurs enfants et d'excellents conseillers pour les aider à traverser les diverses phases de la vie. 

Mais il arrive que certains passent de parent engagé à parent obsédé. Ils ne savent plus quand arrêter de pousser, polir, protéger et pouponner leur progéniture. Plusieurs remettent en question cette façon stressante pour tous de jouer le rôle de parent. S'y prend-on de la bonne façon pour élever en bout de ligne des adultes possédant les capacités d'autonomie et d'auto-motivation assurant une vie riche et intéressante en dehors du cocon familial? Des suggestions, quelqu'un?

Un phénomène réel, ces parents hélicoptères?
Il n'y a pas de consensus sur la définition de ce qui constitue un parent hélicoptère mais on sait qu'il transcende les cultures et que le phénomène demeure le privilège de la classe moyenne-aisée ayant les moyens et le temps d'en faire trop. 

Ceux qui défendent ce style croient qu'il est synonyme de parent responsable et réaliste. Ceux qui sont contre pensent que trop de parents sont passés d'engagés à enragés. On parle maintenant de parents-roi; les enfants-roi se sont reproduits.

On utilise évidemment les cas les plus colorés pour décrire les parents hélicoptères: les mères qui jouent au chauffeur 30 heures par semaine; celles qui rencontrent la directrice pour contester un B dans le bulletin de leur écolier; les parents qui préparent des présentations Power Point pour les travaux de leurs enfants; ceux qui payent des tuteurs à 150$ de l'heure; la mère outrée qui réalise qu'il n'y a pas de service de réveil pour les élèves en résidence; celle qui appelle le Service aux étudiants de l'université pour savoir qui fera le lavage de son grand garçon…
Zits: the best comic strips to understand teenagers
Trop drôle!
La pression grandissante des parents très impliqués s'est sûrement faite sentir, sinon comment expliquer l'apparition de services inexistants il y a 30 ans, tel les sites web d'universités américaines qui affichent le lien de Gift University, un site en ligne de livraison de paniers de gâteries, de fleurs ou de gâteaux à envoyer à son enfant en résidence pour souligner son anniversaire, pour l'encourager avant les examens ou encore le féliciter après.

L'université de Rochester a braqué une webcam 24 heures sur 24 sur le «Hi Mom! Balcony» sur lequel les étudiants peuvent s'installer, cellulaire en main, pour appeler leurs parents afin que ceux-ci les voient quand ils se parlent. Plusieurs parents payent d'ailleurs la note des téléphones cellulaires, sous condition que leurs enfants les appellent périodiquement.

S'il n'y avait pas une quantité suffisante de parents s'étant imposés comme amis sur la page FaceBook de leurs enfants, des sites tel www.myparentsjoinedfacebook.com ne verraient pas le jour. (Les visiteurs y apprennent qu'il ne faut jamais montrer à sa mère la page FaceBook de son nouveau chum, sous peine qu'elle prenne l'initiative de lui écrire directement!)

Quels facteurs expliquent ce phénomène?
Plusieurs facteurs ont certainement contribué au changement du comportement des parents des enfants de la Géneration Y qu'on appelle aussi la génération du millénaire (née entre 1982 et 2001):

1) Les parents ont moins d'enfants qu'avant, donc tous nos oeufs sont dans le même panier.
2) Les mères, plus éduquées qu'avant, ont eu le temps de débuter leur carrière, puis elles ont importé le mode de gestion corporative dans la famille! (Sont apparues les cartes de visite des bambins à échanger dans les parcs «My people will call your people» pour faciliter l'organisation des séances de jeux.)
3) Notre société est obsédée par la perfection. Il faut assurer à nos enfants des dents parfaites, des vacances parfaites, une enfance parfaite, etc. (Ça ouvre la voie à des perles tel le livre My Beautiful Mommy pour aider les enfants à comprendre la chirurgie plastique de maman, ou encore le coussin protecteur pour cheveux de bébé, pour éviter que bébé ne soit aussi chauve que papi sur les photos de famille.)
4) Le marché du travail est plus compétitif qu'avant, résultat de la globalisation. Pour les parents inquiets, élever des enfants se vit un peu comme un croisement entre le sport de compétition et le développement de produit. Ça donne une société capable de se préoccuper du fait que trop de jeunes enfants veulent devenir princesse, champion de soccer ou pompier. En Angleterre, il s'est donc créé des programmes d'orientation pour les 7 ans afin d'enrayer cette fâcheuse tendance.

Plus exigeants envers l'école?
Les parents sont définitivement plus exigeants qu'il y a 30 ans envers l'école. On vit dans un monde de consommation et l'école a suivi. Elle est devenue un service au même titre que les autres, et comme on le sait bien, le client a toujours raison! 

On arrive en retard; on vient chercher les enfants plus tôt le vendredi pour ne pas rester pris dans le trafic en route pour le chalet. Le choix de lecture ne nous convient pas. On veut moins de devoir; on en veut plus. Une directrice de Toronto me parlait de la résistance des parents d'enfants d'âge préscolaire à la réintégration de l'apprentissage par le jeu dans la classe: «Ils veulent des devoirs sur papier pour les tout-petits; ça les rassure." 

De plus, nombre de parents éduqués considèrent qu'ils feraient un meilleur travail que les enseignants (quelque chose me dit qu'ils n'ont manifestement  jamais fait de bénévolat sur le terrain, dans une classe de plus de 20 élèves).

Autre dommage collatéral quand on se préoccupe trop de notre propre enfant: on finit par en oublier ceux des autres. Lors de réunions de conseil de parents, on entendra des parents se demander par exemple pourquoi on devrait octroyer de l'argent du conseil pour payer le voyage de fin d'année des 6e année alors que plusieurs parents n'ont pas d'enfants à ce niveau. 

Quand on leur explique qu'il s'agit d'investir dans une tradition de l'école, à laquelle les petits aspireront (un jour leur tour viendra), ces parents comprennent l'aspect collectif de la question, mais ça ne vient pas tout seul.

Pas facile la vie de prof à en juger par le faible taux de rétention des enseignants de niveau élémentaire qu'on remarque un peu partout depuis 2005, au Canada et aux États-Unis. Dans l'Outaouais par exemple, on dit que le tiers des jeunes enseignants quittent la profession dans les 5 premières années de leur carrière! Dans plusieurs états américains, ce ratio monte jusqu'à 50%. 

Et quand on fouille un peu plus à fond dans la vaste banque d'articles sur le sujet, le stress occasionné par les interventions des parents et le comportement des enfants en classe sont des causes de départ souvent citées.

Aussi exigeants envers leurs enfants?
Ça, c'est une autre histoire. Il est évident qu'une grande proportion des parents d'aujourd'hui ne savent plus dire non. 

Je lisais sur un blogue de parents les commentaires d'une mère d'école alternative de Montréal qui écrivait: «Il suffit de faire du soutien en classe le matin pour constater que dans 30% des cas, les enfants sont inaptes à apprendre car ils n'ont pas assez dormi la veille!» Rappelons qu'on parle ici d'une école alternative, dans laquelle on trouve des parents suffisamment préoccupés de l'éducation de leurs enfants pour rechercher des solutions en dehors des sentiers battus! Même eux ne savent dire non aux comportements qui nuisent à un bon apprentissage.
Un des maux dont on accuse souvent les parents hélicoptères dans les médias est le fameux agenda surchargé de leurs rejetons dès le plus jeune âge. Cette accusation ne correspond pas à mon observation personnelle. 

Je connais très peu de parents qui imposent de nombreuses activités à leurs enfants. Ce que j'observe plutôt, ce sont des adultes qui ne savent dire non à une activité de plus demandée par leur enfant, malgré les coûts impliqués, la gestion du temps, les problèmes de logistique et l'empiétement sur les autres aspects de la vie du parent.

Comment dire non quand il y a la possibilité que le prochain cours éveille chez notre enfant une passion qui déterminera le reste de sa vie?

Et ça marche?
Une femme de Boston qui faisait l'éloge du parent hélicoptère attribuait à sa très grande implication dans les divers aspects de la vie de ses filles la belle relation étroite qui les unissait. 


"Ce que j'aime dans notre relation c'est que lorsqu'elles sont anxieuses ou qu'elles ont des doutes face à une décision difficile, elles savent qu'elles peuvent compter sur moi." Ce à quoi elle a rajouté, pour illustrer la force de cette relation qu'en janvier, l'une de ses filles en résidence l'a appelée 144 fois… 

Il n'y a que 31 jours dans un mois. Faites le calcul! Comment cette jeune personne apprendra-t-elle l'art de prendre des décisions par elle-même?

En menant une étude auprès de 60 universités et collèges américains, une chercheure de l'Université du Texas, Patricia Somers, a recueilli des données affirmant que 10% des parents rédigent des travaux pour leurs enfants! Qu'advient-il de la notion d'avoir à subir les conséquences de ses actes afin d'apprendre la responsabilisation et l'organisation?

Des suggestions, quelqu'un?
Plusieurs penseurs éclairés jettent un regard neuf sur la question. Plusieurs pistes se pointent à l'horizon:

Freakonomics
Écrit par deux économistes "archéologues" qui ont creusé dans les données statistiquement valables pour extraire des faits étonnants, ce livre porte à réfléchir sur notre façon d'agir en tant que parents. 

 Under Pressure: Rescuing Childhood from the Culture of Hyper-Parenting.
L'auteur Carl Honoré fait la promotion du «slow parenting» et recommande que les parents qui aimeraient y aller plus molo fassent la sourde oreille aux pressions des médias et de leurs pairs qui attisent la peur en eux. 

Free-range Kids: How to Raise Safe, Self-Reliant Children (Without Going Nuts With Worry) dans lequel l'auteure Lenore Skenazy explore son choix d'éducation des enfants qu'elle a appelle «free-range parenting» (les parents qui laissent de la corde). Au nom du gros bon sens, elle a voulu s'attaquer aux peurs non-fondées pour aider les parents à focusser sur les points réellement importants. 

Un autre excellent outil à ajouter à notre arsenal de parent: Mindset: The New Psychology of Success de Carol Dweck. Concrètement, ce livre permet de décoder les messages qu'on envoit malgré nous à nos enfants. Il démontre que plus souvent qu'autrement, avec les meilleures intentions du monde, nous sommes la source des problèmes que vivent nos enfants. 
(Lire ma revue de ce livre dans L'Express de Toronto.)



Wednesday, May 8, 2013

Excellente liste de livres pour les mères qui en ont ras-le-bol

Ras-le-bol du rôle de la wonderwoman?
Voici une liste de livres qui illustrent bien le sentiment de ras-le-bol de la wonderwoman, exprimé avec humour et irrévérence par des femmes qui n'ont pas froid aux yeux.

À lire pour arriver à se défaire du mauvais réflexe de sentir qu'on n'en fait jamais assez (basé sur un modèle de "mère parfaite" irréaliste aspirant au bon goût de Martha Stewart, au corps post-accouchement de Demi Moore ainsi qu'à l'état d'euphorie maternelle des mères-célébrités tel que décrit dans les magazines).

Que fait cette liste dans un blog Passions: 100 façons? C'est que je suis en croisade passionnée contre tous les faux problèmes qui rongent notre plaisir de vivre dans le quotidien.

Confessions of a Bad Mother, de Stephanie Calman
Confessions of a Failed Grown-up, de Stephanie Calman
(voir son site)
The Three-Martini Playdate, de Christie Mellor 
Confessions of a Slacker Momde Muffy Mead-Ferro
Confessions of a Slacker Wife, de Muffy Mead-Ferro
Journey to the Darkside, de Kathy Buckworth
Les Chroniques d'une mère indigne 1, de Caroline Allard
Les Chroniques d'une mère indigne 2, de Caroline Allard
(voir ses blogues Chroniques d'une mère indigne et trashdingue)

Le livre "outil" préfacé par Caroline Allard:

Imparfaite, et alors?, de Julie Beaupré et Anik Routhier
(voir leur site)

(update de l'article, 7 mai 2013)
Publié en septembre 2012, voici un livre qui a fait fureur:
Sh*tty Mom: The Parenting Guide for the Rest of Us écrit par quatre femmes sans retenue.

Lecture rapide, humour direct, rire instantané!

Wednesday, April 17, 2013

La compagnie Dove continue de redéfinir la beauté

On est plus belle qu'on ne le pense!
Vous voulez la preuve?

Depuis que la compagnie Dove a choisi de se positionner comme une compagnie voulant briser les stéréotypes de la société sur ce qui définie la beauté (il y a plusieurs années de ça), elle n'a pas cessé de m'impressionner.

Leur dernière trouvaille est plutôt recherchée! Ils ont émis l'hypothèse que les femmes n'ont pas une idée juste de leur image. Et pour le prouver, ils ont créé une expérience de Dove réellement originale!

Dove a demandé à plusieurs femmes de décrire leur visage à un artiste formé pour réaliser des portraits robots de criminels décrit par des témoins.

Puis, ils ont demandé à des étrangers de décrire ces même femmes à l'artiste.

Sur le site de Dove, on peut comparer les deux portraits. Immanquablement, celui décrit par les étrangers est plus flatteur... et plus juste! Sur le clip, on peut voir la réaction émotive des femmes quand elles découvrent les deux portraits.

Ça fait réfléchir n'est-ce pas?
Brillant!

Saturday, April 13, 2013

The Dumbest Generation, de Mark Bauerlein

Un monde sans adultes pour les jeunes
(Je rapatrie ici un article que j'ai publié en 2011 dans mon ancien blog On arrive-tu)

On ne sait plus s'il faut débrancher tout ce beau monde (nos enfants) ou embrasser pleinement cette tendance qui envahie nos vies mais qui semble les préparer pour un avenir de plus en plus technologique. Mark Bauerlein, auteur du livre The Dumbest Generation n'y va pas de main morte pour argumenter qu'il est temps que les adultes s'en mêlent.

Durant l'année scolaire, on pense qu'ils sont attelés devant leurs livres à étudier, on les retrouve devant leur page sur Facebook. On les croit endormis à poings fermés, puis on remarque la lueur bleutée de leur cellulaire sur leur visage tandis qu'ils échangent des textes-messages avec leurs amis. L'été, c'est pire. Trop jeunes pour travailler, trop vieux pour être gardés, ils ont un accès illimité à l'internet et ils en abusent, comme le prouve leur teint blafard en plein mois de juillet. Ça nous rend fou mais comment renverser la vapeur de ce phénomène social si séduisant (d'ailleurs, qui d'entre nous n'a pas vérifié son courriel à plusieurs reprises aujourd'hui)? 

The Dumbest Generation (La génération la plus bête), publié en anglais exclusivement en 2008, porte deux sous-titres drastiques: How the Digital Age Stupefies Young Americans and Jeopardizes Our Future (Comment l'ère digitale anesthésie les jeunes Américians et met notre futur en péril) et (au cas où on ne serait pas assez alarmés) Don't Trust Anyone Under 30 (Ne faites confiance en personne âgé de moins de 30 ans).

Les ordis au bûcher?
Avec pareil titre, on pourrait croire que l'auteur (un professeur d'anglais à l'Université Emory à Atlanta qui a aussi dirigé des recherches sur la culture et la vie américaine pour la National Endowment for the Arts) recommande de mettre tous les ordis et portables au bûcher. Cependant, le propos du livre de Mark Bauerlein est plutôt de jeter un regard objectif sur l'intellect des jeunes d'aujourd'hui afin de démontrer que la promesse de tous les bienfaits que la nouvelle technologie apporterait à leur développement ne s'est pas réalisée. 

À grand renfort de résultats d'études et de statistiques dans des chapitres aux noms inquiétants (traduction libre: Le déficit de la connaissance, Les nouveaux bibliophobes, Le non-apprentissage de l'apprentissage en ligne, La trahison des mentors), l'auteur s'évertue à nous faire comprendre que nous avons jeté le bébé avec l'eau du bain à force de nous concentrer que sur l'intégration de la technologie dans notre vie contemporaine au détriment des autres véhicules de la culture.

Bauerlein relève plusieurs cas de conseils scolaires américains revenant sur leur décision après avoir investi des millions en ordinateurs et logiciels éducatifs durant des années, sans résultats concrets d'amélioration de l'apprentissage des mathématiques et de compréhension de textes. Il est indéniable que l'acquisition d'ordis dans les écoles accroit le plaisir des jeunes dans la salle de classe. Cependant, on n'a pas remarqué d'amélioration de la performance scolaire chez les étudiants informatisés.

Ouverture sur le monde?
Amélioration de la lecture?
On s'extasie souvent sur l'ouverture sur le monde que l'Internet permet aux jeunes d'aujourd'hui. William Strauss et Neil Howe, les auteurs du livre Millennials Rising: The Next Generation, prévoyaient en 2000 qu'à cause de la fascination des jeunes pour les nouvelles technologies, nous assisterions à une renaissance culturelle qui aurait des conséquences séismiques sur l'Amérique.

Il est vrai que tout est là sur l'Internet: les grandes oeuvres, les encyclopédies, l'accès aux journaux du monde entier, la science, les faits historiques et tous ces beaux textes qui ouvrent l'esprit. Mais voyons dans les faits la nature des sites qui sont consultés.

Selon le site eBizMBA, les 15 sites web les plus visités en cet été de 2010 sont les suivants:
1) YouTube: 175 000 000 visiteurs uniques par mois (site de clips)
2) Wikipedia: 125 000 000 visiteurs (encyclopédie allimentée et visitée par les visiteurs)
3) Blogger: 121 000 000 (site de blogues)
4) craigslist: 90 000 000 (site d'annonces des particuliers)
5) WordPress: 89 500 000 (site de blogues)
6) Twitter: 80 500 000 (site facilitant la diffusion de messages de 144 mots)
7) flickr: 79 000 000 (site diffusant des photos)
8) IMDB: 60 000 000 (site diffusant info sur films)
9) photobucket: 55 000 000 (site diffusant photos et clips)
10) digg: 45 000 000 (site d'info alimenté par les Diggers, le pouls d'une certaine communauté)
11) eHow: 43 000 000 (site "How to" avec articles et vidéos, soumis par la communauté)
12) TypePad: 26 000 000 (site de blogues)
13) HubPages: 24 500 000 (site publiant articles soumis par les Hubbers)
14) deviantART: 21 500 000 (site diffusant l'art de la plus grande communauté artistique au monde)
15) wikia: 21 100 000 (autre communauté de collaborateurs publiant de l'info sous les rubriques Entertainment, Gaming et Lifestyle)

Ajoutons les deux sites de «networking social» les plus populaires: Facebook avec 250 000 000 visiteurs uniques par mois et MySpace avec 122 000 000 visiteurs mensuels.

En comparaison, les 10 sites scientifiques les plus populaires attirent au total 53,350,000 visiteurs uniques par mois. (Ce qui est moins que les 10 sites de rencontre les plus visités qui totalisent 79,950,000 visiteurs uniques.)

Aouch!

Un miroir d'eux-mêmes
L'influence des amis s'est toujours fait sentir mais avec l'avènement des courriels, cellulaires, facebook, Twitter, la pression ininterrompue des paires a atteint des niveaux sans précédent. Au lieu de créer une génération plus que jamais ouverte sur le monde, l'horizon des jeunes s'est en fait refermée sur eux et la scène sociale qui les entoure.

Quand ils ne sont pas sur les sites de réseautage social, les jeunes vont sur les sites du genre Wikia, dont le slogan fort approprié est «Collaborate with people who love what you love.» (Collaborez avec les gens qui aiment ce que vous aimez.)

Avec toute la flexibilité (à priori fort louable) que procure l'internet, les jeunes se construisent un environnement virtuel qui leur renvoie un miroir d'eux-mêmes, à l'abri des adultes. Ils se retrouvent avec une représentation faussée du monde et ils affichent des opinions inébranlables qui sont continuellement renforcées par leur milieu homogène.

Comme nous l'explique Mark Bauerlein, la génération des moins de 30 ans en vient à n'avoir de contacts qu'avec elle-même. Il n'y a presque plus d'interaction verticale entre cette couche de la société et les adultes qui les ont précédés. La seule modélisation qui a lieu est horizontale.

Des nains sur les épaules des géants
Le philosophe Bernard de Chartres est celui qui a dit dans les années 1120: «Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu'eux, non parce que notre vue est plus aigüe ou notre taille plus haute, mais parce qu'ils nous portent en l'air et nous élèvent de toute leur hauteur.»

Selon l'auteur, même les mentors d'aujourd'hui, les professeurs d'université, ont abdiqué et ne font plus valoir auprès de leurs étudiants la valeur de l'expertise, de l'expérience, des connaissances traditionnelles. On ne voudrait surtout pas décourager les jeunes avec la notion du laborieux apprentissage sur lequel s'appuie cette expertise. On a tellement acheté le discours de l'estime de soi et de l'expression individuelle qu'on a négligé de faire valoir les bienfaits de la connaissance en soi, en permettant aux jeunes de ne focusser que sur la connaissance de soi.

Avez-vous déjà remarqué que nos enfants n'ont somme toute jamais l'occasion d'apprécier le niveau d'expertise des professeurs qui dirigent les cours qu'on leur offre? Une fillette peut faire quatre ans de violon sans n'avoir jamais entendu sa prof s'attaquer à une sonate classique digne de ce nom. Les bambins qui suivent les cours de karaté ne savent pas de quoi est capable leur enseignant détenteur d'une ceinture noire. Les petits sportifs ne voient jamais leur entraîneur se donner à fond sur le terrain. Autant d'occasions manquées de leur montrer à quoi ils peuvent aspirer, à quoi sert de mûrir.

La maturité est en partie motivée par les modèles qui nous arrivent d'en haut, par nos contacts avec les personnes plus âgées que nous: les enseignants, les employeurs, les oncles et tantes, les grands frères ainsi que les parents. Quand les opportunités de modélisation verticales s'offrent, elles permettent aux jeunes de mettre leurs «grandes» préoccupations en perspective.

Sortir de sa zone de confort
Quand on passe trop de temps dans un milieu homogène, on évite peut-être le désagrément d'avoir à affronter des gens dont le comportement nous irrite, mais on se prive aussi d'une des conditions primordiales pour apprendre: l'opportunité d'entendre la version des autres.

Les jeunes ont besoin d'une retraite de leur monde d'ado afin d'être exposés à autre chose. Ils ne peuvent le faire seuls, ils ont besoin de l'aide des adultes. Et ceci constitue le cri de ralliement de Mark Bauerlein: il est du devoir de tous les plus de 30 ans d'arrêter de faire de notre monde un univers tourné exclusivement vers les enfants et ce qui les intéresse.

Je n'irais pas aussi loin que l'auteur qui dit qu'il est temps qu'on explique aux jeunes que l'adolescence n'est qu'un état inférieur fait de petits défis sans comparaison avec la vraie vie qui se déroule sur la place publique, politique et historique. (Son but avoué n'est ni plus ni moins que celui de sauver la démocracie qui s'appuie sur la connaissance.)

Je préfère focusser sur de plus petites réussites en faisant de temps en temps sortir mes enfants de leur petit univers afin d'élargir leurs horizons. En tant qu'auteure d'un guide sur les sorties en famille, j'ai d'ailleurs noté que mes enfants n'abordaient généralement pas de gaîté de coeur les sorties inconnues que je leur imposais. Au début, je puisais dans des raisons pécunières le courage de leur forcer la main (c'est pour le guide). Mais éventuellement, je le faisais sans regret parce que j'avais observé qu'ils finissaient toujours par se laisser porter par le plaisir de découvrir quelque chose de nouveau.

Personne n'a dit son dernier mot
Il est vrai que les jeunes n'ont jamais été aussi conscients les uns des autres et en perpétuel contact. Il est aussi vrai que ces jeunes semblent entièrement tournés sur eux-mêmes. Cependant, ne dit-on pas que l'adolescence se termine maintenant à 26 ans? (En 2005, 20% des Américains de 26 ans vivaient chez leurs parents, contre 11% en 1970.)

La génération du millénaire a présentement entre 10 ans et 30 ans. La majorité d'eux n'a donc pas encore atteint l'âge adulte (nouvellement redéfinie comme 27 ans et plus). Est-il si naïf d'imaginer que cela risque de donner des résultats intéressants pour la société, quand ils commenceront inévitablement à être préoccupés par des sujets plus matures?

Puis, il ne faut pas oublier la pression des Baby Boomers qui fait ralentir le momentum de la glorification de la jeunesse insouciante ayant déterminé notre société depuis les années 60. Ils sont plus en forme physiquement et financièrement que les générations précédentes au même âge. Ils ont bien vécu leur «trip hédoniste» et sont maintenant à l'étape de leur vie où ils ont envie de redonner à la société.

Avec un tel programme, il se pourrait que les jeunes aient enfin envie de prendre leurs aînés comme modèle.

Autres revues de livres pour tenter de comprendre notre société: